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06 juin 2006

Liège: gare et "airport"

J'ai profité de ce week-end pour retourner à Bierset et voir l'état d'avancement des travaux de la nouvelle gare.

Bierset ou "Liège airport": le nouveau terminal passager est joli et quasiment vide. Les vols de la semaine sont affichés: il y en a entre 3 et 5 par jour. Avec seulement 5 destinations l'hiver dernier, la brochure en annonce 22 pour cet été, 20 charters et 2 lignes régulières seulement (Barcelone et ... Palerme). Les graphiques (voir site) sur l'évolution du fret et des passagers ne convainquent pas entièrement. Bierset semble encore très loin d'être un pari réussi.

La gare: vraiment belle, incontestablement une oeuvre d'art, étonnante et comme un peu déplacée par rapport au quartier environnant. Le coût: au moins 150 millions d'euros.

Bierset et la gare sont-ils des outils de développement régional? Peut-être. Mais Bierset n'est qu'à 80 kilomètres (40 minutes) de "Charleroi Brussels South Airport" (décidément l'anglais...). Faut-il 2 aéroports régionaux en Wallonie? Aucun des deux n'est connecté au TGV, ce qui limite fortement leur développement. Si la ligne Bruxelles-Liège passait par Bierset, la donne en serait changée. La gare absorbe à mon avis une partie disproportionnée du budget investissement de la SCNB et elle a tout l'air d'un ouvrage de prestige à l'utilité économique contestable. Comme d'autres, j'ai toujours soutenu le TGV à Liège, mais l'économiste Cohen a bien montré que lorsque 2 villes étaient reliées par le TGV, c'est surtout la plus grande qui en profitait.

02 juin 2006

Manoeuvres dans l'électricité

Le marché de l'électricité est en pleine évolution, mais celle-ci est différente dans les trois régions du pays. Avec la libéralisation du marché (qui existe déjà en Flandre et deviendra effective en Wallonie au 1er janvier 2007), l'attention se porte surtout sur le contrôle du GRD, le réseau de distribution terminale, celui qui touche directement les foyers. Traditionnellement un monopole des communes, il est géré depuis des lustres par des intercommunales pures (comme l'ALE à Liège) ou, plus souvent, par des intercommunales mixtes avec Electrabel (Suez) où ce dernier est en pratique l'opérateur du réseau et procure au passage de substantiels revenus financiers aux communes et de nombreux avantages à quelques élus locaux.

En Flandre et à Bruxelles, notamment pour éviter la position dominante d'Electrabel, on a légitimement sorti Electrabel des GRD, mais en Wallonie ça coince. L'enjeu, c'est qu'au lieu de l'émiettement actuel, il n'y a, selon les spécialistes, que la place pour un seul opérateur de GRD pour toute la Wallonie. Ce dernier peut être, soit un "privé" choisi sur appel d'offres international (il existe des gestionnaires de réseaux), soit une structure publique, opérant à l'échelle de la Wallonie. Du côté de Charleroi et du côté socialiste, on freine de quatre fers. Certains barons se battent pour le maintien d'Electrabel dans les GRD, une situation confortable qui n'entraînent aucune responsabilité (Electrabel fait tout), mais procure nombre d'avantages et de privilèges matériels ou clientélistes. D'où aussi une alliance entre mandataires socialistes et le (méchant) "grand capital de Suez", qui a été cassée en Flandre et à Bruxelles.

Un sujet rarement abordé qui est crucial pour la Wallonie et un formidable enjeu de pouvoir wallon qui se discute en ce moment, loin des médias.

PS. La facture moyenne d'électricité d'un ménage moyen est d'environ 440 euros en Flandre et de ... 560 en Wallonie, soit une différence de 25%! Depuis la libéralisation, ce prix en Flandre a légérement baissé venant de 460 au 1er janvier 2004. Dans le même temps en Wallonie, il est passé de 520 à 560 euros. Electrabel représente 92% de la production d'électricité, 94% des importations de gaz et 100% des capacités de stockage du gaz.

26 mai 2006

Crise de la gouvernance publique

J'ai présenté aujourd'hui à la presse une analyse et dix propositions concrètes par rapport à la grave crise de la gouvernance publique que nous vivons actuellement et qui a des conséquences bien au-delà de Charleroi.

PS. Dimanche de 11 à 12 heures, je serai l'invité de Fabrice Lambert sur Radio contact.

"Belgique : le dernier quart d'heure ?"

Gendebien Je ne connaîs pas Paul-Henry Gendebien, mais il mérite mieux que le semi anonymat dans lequel il est retombé et la caricature que l'on fait parfois de ses propos. Du moins si j'en juge par la lecture de son dernier petit libre "Belgique : le dernier quart d'heure ?".

Il n'y a pas grand chose à ajouter à sa brillante étude de la Wallonie : "L'essentiel, c'est que le système reste en place" ou encore "La démocratie, c'est la révocabilité du pouvoir. En Wallonie le pouvoir n'est plus révocable!". Son analyse de "L'échec historique du fédéralisme belge" est également assez lucide et parfois cruelle. "La barrière francophone était en papier mâché ". On le suit jusqu'à la page 134, puis on tombe dans le plaidoyer pour le rattachement à la France et le RWF qui fait notamment l'impasse sur l'intérêt économique qu'aurait la Wallonie à se rattacher à la France. Certaines de ses 17 propositions pour une "citoyenneté républicaine" rejoignent celle de "Démocratie ou particratie : 120 propositions pour refonder le système belge" et mériteraient d'être au moins discutées.

A mon avis, la meilleure analyse récente du fonctionnement de notre système. On en recommande vivement la lecture.

19 mai 2006

Ducarme - Van Cau : destins croisés

Ducarme et Van Cauwenberghe : deux ex-ministres présidents, deux démissions, mais les ressemblances s'arrêtent là.

Le premier a commis une terrible erreur. Ayant omis de déclarer ses revenus, il n'a cependant jamais cessé d'être dans le collimateur du fisc qui n'ignorait rien de ses revenus. Tôt ou tard, il n'avait aucune chance d'échapper à la machine fiscale. D'où une démarche qui relève, à mon avis, davantage de la psychanalyse (une sorte de prise de risque permanente avec la vie et une tendance au suicide politique ?). Daniel Ducarme s'est mis en règle, mais chacun sent bien que sa carrière est brisée. Pas une interview sans qu'on lui rappelle ses "ennuis fiscaux". C'est désormais un homme seul, tombé de très haut en un seul jour ... Plus dure sera la chute.

Le second a construit au fil du temps un formidable appareil clientéliste. Maître inconstesté à Charleroi depuis 20 ans, il n'aurait rien à voir avec les scandales à répétition et les inculpations successives de ses proches. Dérives individuelles, certes, mais pas de mise en cause d'un système : "Pas d'amalgame" dit Di Rupo. Personne n'a trop cherché à creuser le conflit d'intérêt évident, qui aurait obligé Van Cau à la démission immédiate dans toute démocratie civilisée, entre ses fonctions publiques et son cabinet d'avocat privé alimenté pour l'essentiel par les sociétés publiques dirigées par ceux qu'il y avait placés. Responsable aussi pour toute une génération du drame économique et social de la ville de Charleroi et de sa région, malgré les aides européennes et les transferts de Flandre qui sponsorisent son pouvoir et masquent - un peu - son incompétence.

Mais depuis sa démission Van Cau parade, propose une constitution, qui a pour but ... "le bonheur des Wallons" (on ne rit pas) et, jusqu'à présent, est invité partout.

Ducarme - Van Cau : deux poids, deux mesures ?

17 mai 2006

Privatiser la gestion du logement social

L'Echo m'a demandé ma réaction aux dérives des logements sociaux wallons. Dans au moins 25 sociétés sur 74, des problèmes sérieux ont été mis en évidence. Les responsabilités sont d'abord celles, individuelles, de gestionnaires peu scrupuleux (dont les fautes relèvent éventuellement de la justice), mais aussi d'un système clientéliste largement dominé par le PS. Les  "mesures" proposées par le gouvernement wallon (ou d'autres) visent à circonscrire la crise au secteur sans s'attaquer au problème assez généralisé - même s'il y a de notables exceptions - de la mauvaise gestion publique. Le nombre d'administrateurs de la Carolo passe par exemple de 35 à 19, un nombre qui reste beaucoup trop élévé.

Il n'y a aucune raison pour que la gestion des logements sociaux reste dans le secteur public. Les mandataires publics doivent définir le cahier des charges, les missions de service public et les critères d'attribution, mais la gestion proprement dite du parc du logement serait probablement mieux réalisée par le privé. Différentes formules sont possibles : la concession temporaire sur appels d'offres, le partenariat public privé, etc.

La privatisation de la gestion ne remet pas en cause le principe des logements sociaux (sur lequel il faudrait aussi se pencher : dans certains pays les allocataires sont encouragés à acheter leur habitation avec des taux d'intérêts très bas). Mais voilà, elle a l'immense inconvénient de supprimer le clientélisme dans ce secteur et la raison d'être de quelques dizaines de mandataires publics.

10 mai 2006

Val Saint-Lambert: un beau succès!

En mars 2002, le couperet tombait pour les cristalleries plus que centenaires du Val Saint-Lambert: le tribunal de commerce de Liège prononçait leur faillite.

Début 2003, le Val Saint-Lambert est racheté par un repreneur privé. Son administrateur délégué, Sylvie Henquin, a choisi un projet ambitieux et une stratégie agressive pour sauver les cristalleries.

Le site bénéficie aujourd'hui d'un vrai projet industriel de relance des activités. En décembre 2005, les cristalleries du Val Saint-Lambert sont rentrées en Bourse. Les relations entre le service commercial et la production ont été repensées. Deux boutiques se sont ouvertes, au Sablon à Bruxelles mais aussi rue de la Paix à Paris. D'autres ouvertures sont programmées à New York et Tokyo, et plus tard à Londres, Milan, Dubaï, Toronto, Berlin, Riyad. Le Val Saint-Lambert se taille ainsi une place dans le marché des produits de luxe et ambitionne de rivaliser avec les grandes enseignes internationales.

Les défis restent nombreux (pertes enregistrées en 2005; flambée des coûts de l'énergie). Mais en ce début d'année, les ventes des produits estampillés VSL ont augmenté de 36%.

Saisir les opportunités! La gestion privée du Val Saint-Lambert porte les espoirs d'une tendance qu'on voudrait voir se développer dans nos régions...

07 mai 2006

Sans commentaire (13)

"Quand la Flandre dénonce la situation kafkaïenne à Bruxelles, je dis qu'elle a raison!"

Lors de l'assemblée générale de l'Union des entreprises de Bruxelles, son président Claude Desseille a fustigé la chaos engendré par les 800 taxes communales qui frappent les entreprises à Bruxelles.

Trends tendances, semaine du 4 mai 2006.

Lire aussi dans le même numéro l'enquête de Jean-Marc Damry et Jean-Yves Huwart sur "Bierset, la plus grande buvette de Wallonie".

04 mai 2006

Un Giro très politique ...

A quelques mois des communales (pur hasard), le Tour d'Italie cycliste traverse la Wallonie, ou plutôt le PS avec une étape Cdh.

Le prologue se déroulera le 6 mai, chez les Mathot, sous les télégéniques paysages de hauts fourneaux à l'arrêt. Le lendemain sera une étape Di Rupo - Van Cauwenberghe (programmée avant le scandale imprévisible de la Carolo, sinon c'était Mons-Mons). Le 8 mai, les cyclistes partiront de Perwez (dont le bourgmestre est le ministre Cdh Antoine) et rejoindront Namur (bourgmestre Anselme, PS). Enfin, le dernier jour, le président de la fédération PS de Huy Waremme et bourgmestre de Wanze Claude Parmentier donnera le départ de sa bonne commune (car à majorité absolue PS) vers celle .. du ministre Courard, bourgmestre de Hotton (autre bonne commune pour les mêmes raisons).

L'observateur perspicace des arcanes politiques wallonnes aura noté que toutes les provinces sont servies et qu'avec un passage par des villes au patrimoine aussi riche, le prestige wallon en sera rehaussé.

Attendons-nous, cet été, à un afflux de touristes italiens vers Seraing et Hotton.

PS. Pour les naïfs qui pensent que le PS bruxellois est différent du wallon, lire l'interview de Jacques Oberwoits sur IRIS (les hôpitaux bruxellois) dans la Tribune de Bruxelles. On y apprend par exemple que le populaire Yvan Mayeur a licencié 3 fonctionnaires dirigeants d'hôpitaux pour y placer des créatures PS.

31 mars 2006

Le chômage dans les villes wallonnes

Ce blog revient régulièrement sur le chômage, problème économique numéro un à Bruxelles et en Wallonie. Dans cette Région, il ne cesse d'augmenter. Voici les chiffres pour le mois de février depuis 2003 :

Février 2003    238.726     Février 2004     258.647

Février 2005     264.765     Février 2006     272.247

Soit une augmentation de 33.000 Demandeurs d'Emplois Indemnisés (DEI) en 4 ans. Le taux s'établit désormais à 19,03%

Et voici les derniers taux pour quelques villes:

Charleroi          30,69%
Huy                  23,41%
La Louvière      26,43%
Liège               32,11%
Mons                26,35%
Namur             18,57%
Verviers           29,10%
Tournai            18,27%

Source : Forem et BNB

Ces chiffres devraient nous faire réagir. Ce chômage de masse constitue une indignité nationale, alors qu'un pays comme l'Espagne a réussi à le diminuer par deux en dix ans, par trois en quinze ans. Mais voilà, la politique de l'emploi dépend du niveau régional, mais aussi du fédéral. Comme PS, MR, Cdh et Ecolo (à Bruxelles où le taux est de 21%), participe à l'un ou l'autre pouvoir, aucun parti  (sauf peut-être en Flandre ?) n'a intérêt à trop les agiter. C'est aussi cela le "consensus belge" (mais cela ne veut pas dire que tous portent la même responsabilité dans la situation actuelle). Je rappelle qu'au sein du MR, le Centre Jean Gol et moi-même dans "Moderniser ou Périr", nous avons proposé des pistes pour renverser la tendance.