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18 juin 2006

L'appel du 18 juin

Aujourd'hui, c'est l'anniversaire de l'appel du 18 juin, lancé en 1940 par le général De Gaulle, à contrecourant de toute l'opinion française du moment. Trois semaines plus tard, à Vichy, dans la nuit du 9 au 10 juillet, 535 parlementaires issus de la "Chambre du Front populaire" voteront "oui " aux pleins pouvoirs pour le marechal Pétain. Il n'y eut que 80 non et 20 abstentions.

Deux ans plus tôt en 1938, après Munich, Churchill avait eu cette formule devenue célèbre "Ils ont choisi le déshonneur pour avoir la paix, ils auront le déshonneur et la guerre". Lors du débat à l'Assemblée nationale qui suivit le retour de Daladier, seuls deux orateurs s'exprimeront contre les accords de Munich : Gabriel Peri, un communiste qui sera fusillé par les Allemands et Henri Kerillis, un homme de droite pour qui "Munich est une trahison de nos engagements et une victoire décisive de Hitler". Il sera un des premiers à rejoindre Londres dès juin 1940. Un seul socialiste de la SFIO votera contre ces accords : Jean Bouhey, député de la Côte-d'Or, dont le nom est tombé dans l'oubli.

Mais qui s'intéresse encore à tout cela ?

09 juin 2006

Démocratie au Kenya

La démocratie est partout un exercice compliqué. Après la longue dictature de Arap Moi, le Kenya a élu son principal opposant Emilio Mwai Kibaki. Le parlement est aussi issu d'une élection régulière et la presse est libre.

Une des premières mesures prises par les nouveaux parlementaires a été de s'auto-accorder des revenus et avantages les plus élevés du monde dans leur catégorie: 10 000 euros net par mois, un peu plus de deux fois plus que les parlementaires belges ou anglais par exemple. Le Kenya compte 34 ministres et 49 vices-ministres qui viennent aussi de voir très généreusement augmenter leur rémunération à 160 000 euros par an. Le nombre élevé de ministres viserait à représenter tous les groupes ethniques.

La justification officielle des hauts revenus des parlementaires et des ministres est de lutter contre la corruption qui prend des allures terrifiantes. Un des nombreux scandales porte sur plus de six cent millions de dollars d'un marché entièrement fictif! L'Etat achète au prix fort à des sociétés écrans un produit qui n'existe pas, mais l'argent n'est pas perdu pour tout le monde! La corruption existe à tous les niveaux mais, avec la démocratie, des "affaires" sont dénoncées dans les journaux et font parfois l'objet de procès.

Comme d'autres, notre pays s'est engagé à porter son effort de développement à 0,7% du PIB. Très bien, mais comment expliquer à nos citoyens qu'ils doivent aider les gouvernements africains lorsqu'on constate de telles pratiques?

01 juin 2006

Le chinois à l'école et le Dalaï Lama

Première langue dans le monde en nombre de locuteurs, le chinois est parlé par 20% de la population mondiale. Héritière d'une très riche culture, la Chine est en passe de devenir la deuxième économie mondiale. Partout, l'enseignement du chinois est en pleine expansion. Aux Etats-Unis, il connaît un grand succès; en Angleterre, certains collèges le rendent obligatoire comme seconde langue; en France plus de 7000 personnes l'étudient déjà dans le secondaire,...

En communauté française, une seule école (Sainte Véronique à Liège) offre des cours à option dans le secondaire et madame Arena ne prévoit rien. Hier, j'ai déposé une résolution visant à organiser au moins une offre de cours de chinois en 3ème langue, à Bruxelles et dans chaque province de Wallonie. A mon niveau, j'essaye ainsi de moderniser notre pays et de l'adapter aux enjeux contemporains.

Hasard du calendrier, nous recevons aujourd'hui le Dalaï Lama au Sénat. Guide spirituel ou leader politique? Comme beaucoup de monde, j'ai une vague sympathie pour cet homme (et pour le bouddhisme qui m'apparaît plus tolérant que les monothéismes). Mais, il y a quelques années, j'ai lu une réflexion de Pascal Bruckner, que j'ai trouvée pertinente, sur l'échec total de son combat politique. De fait, cet homme souriant a échoué à faire de l'occupation du Tibet un enjeu international. Ainsi donc, en ménageant un peu le calendrier, on peut le recevoir en grande pompe dans l'hémicycle du Sénat sans fâcher sérieusement Pékin, alors que notre auguste Assemblée ne veut pas recevoir l'ambassadeur de Taiwan, une authentique démocratie, même pour une audition en commission. Décidément, il y aura toujours quelque chose qui m'échappera dans la real politik.

PS: Retrouvons-nous à mon "Grand Barbecue d'été" ce dimanche 18 juin à Auderghem?

22 mai 2006

La Chine et les tigres de papier

De 1953 à 2000, Taïwan a connu une croissance moyenne de 8% passant d'un PIB par habitant de 50 dollars à ... 14.000. Dans les classements internationaux, l'île est première pour l'e-gouvernement, 5ème pour le climat d'investissement, 11ème pour la compétitivité,...

C'est aussi une véritable démocratie qui a connu une alternance politique avec l'élection du président (libéral) Chen Shui-bian après le long règne du KMT.

Les 23 millions de Taïwanais ne bénéficient d'aucune reconnaissance internationale. Le pays existe cependant n'en déplaisent à certains. Depuis des années, le gouvernement essaye de participer à certaines activités de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), notamment suite aux problèmes du SRAS et de la grippe aviaire. Les Etats-Unis et le Japon soutiennent cette participation à l'OMS. Hélàs, l'Europe - toujours aussi courageuse - et notre pays ne sont pas d'accord et cèdent systématiquement aux pressions de la République populaire de Chine. Affichage de grands principes d'une part, baisse de pantalon à la première protestation chinoise, d'autre part. On croyait ces temps révolus! D'autant plus que l'argument des conséquences sur nos investissements ne tient plus vraiment la route, vu la diversification et la croissance de l'économie chinoise. D'ailleurs les Etats-Unis et le Japon ne patissent pas de leur attitude plus conséquente.

Cette attitude belge et européenne est regrettable. Avec quelques collègues, je me bats au Sénat pour essayer que la Belgique soutienne la participation de Taïwan aux réunions techniques à l'OMS même sans statut officiel. Mais c'est encore trop pour le lobby chinois, très présent au VLD et au PS.

Mao avait au moins raison lorsqu'il parlait de tigres de papier.

PS.
Voir aussi l'Europe et le concombre sur le site de Climax

20 mai 2006

Intervenir au Darfour

Le cinq mai, un accord de paix a été signé à Abuja entre le gouvernement soudanais et la faction Minnawi de l’Armée de libération du Soudan, le mouvement rebelle le plus important. Cet accord a été obtenu suite à des pressions exercées par les Etats-Unis, l'Europe et l'Union africaine.

Depuis 2003, le conflit au Darfour aurait fait 300 000 victimes et provoqué la fuite de plus de deux millions d'autres vers des camps de réfugiés. En 2004, l’Union africaine a envoyé une force de maintien de la paix, une force en sous-effectif, qui n’a pas permis de protéger efficacement la population. Outre la situation sécuritaire plus que préoccupante, la région s’enlise dans un drame humanitaire assez largement ignoré. Chaque jour, il y a cependant bien davantage de morts au Darfour qu'en Irak.

La guerre en Irak a dévalorisé le concept autrefois porteur de "droit d'ingérence". Les civils du Darfour en font les frais. Le déploiement d'une force importante des Nations-Unies, avec le soutien logistique de l'OTAN, constitue pourtant la seule façon de protéger les populations et de résoudre la crise humanitaire.

14 mai 2006

Sagesse norvégienne

Septième producteur mondial de pétrole brut et troisième exportateur mondial, la Norvège engrange en ce moment des recettes phénoménales, prix du baril oblige.

Qu'en fait-elle? Fidèle à sa réputation de fourmi, l'Etat norvégien, actionnaire majoritaire de la principale compagnie pétrolière suédoise, Statoil - 25.000 employés, 2.000 stations-services, un des plus grands vendeurs de pétrole brut - place l'essentiel de l'augmentation des recettes provenant du pétrole dans une sorte de "Fonds argenté", alimenté depuis de nombreuses années par la manne pétrolière. Un bas de laine pour l'après-pétrole constituant un des Fonds de placement les mieux gérés et les plus puissants de la sphère financière mondiale.

Bien que profitant largement du pétrole de par sa participation majoritaire, l'Etat a établi une taxe sur les carburants une des plus hautes d'Europe. Les Norvégiens se demandent d'ailleurs pourquoi, alors qu'ils exportent du pétrole, ils doivent le payer plus cher que les Français! Mais la taxe joue le rôle de "ticket modérateur".

PS 1 : Radio "BFM", la radio de l'économie (107.6) , a consacré récemment un dossier à ce sujet, dont ce post s'inspire.

PS 2 : En 2005, l'Agence internationale de l'énergie a cité en exemple la Norvège pour sa gestion économe de sa rente pétrolière.

05 mai 2006

Résurrection nippone

En ce moment, on parle beaucoup de la Chine, de l’Inde ou du Brésil. A tel point qu’on en oublierait presque l’ancien « péril jaune » aux milliers de volcans : le Japon. L’archipel est sorti de sa torpeur. Et la mondialisation ne se jouera pas sans lui. Alternative au libéralisme anglo-saxon, le pays de l’emploi à vie veut goûter à nouveau aux délices de la croissance qui, négative en 2002, s’est établie en 2005 à un niveau non atteint depuis longtemps : 3,2%.

Grâce, sans doute, à une politique de baisse de taxation qui a vu le taux maximal d’imposition ramené de 70 à 37%, le pays connaît une embellie économique qui devrait, selon la Banque du Japon, perdurer jusqu’au moins 2008. Le chômage (4%, en baisse constante depuis 2000) demeure fixé au plancher. Malgré une montée des inégalités et de plus en plus de jeunes ménages endettés dans un pays champion de l’épargne, le coefficient d’équité de Gini reste un des plus bas du monde, rappelle Le Monde du 3 mai qui détaille le pourcentage de personnes en dessous du seuil de pauvreté (15,3%), soit l’équivalent de celui de la Belgique.

Une partie du réveil actuel, paradoxe de l’histoire, est d’ailleurs dû à l’envolée des exportations vers « l’ennemi héréditaire » chinois dont la forte croissance tire le Japon vers le haut.

L’exemple japonais va d’ailleurs se nicher là où on ne l’attendait pas puisque l'on pourrait bientôt s’en inspirer aussi pour la lutte contre l’insécurité. Ainsi, le premier « koban » (du nom, au Japon, de ces petits commissariats de proximité gérés par un policier et son épouse), va être mis en place cette semaine dans le quartier Helmet à Schaerbeek. Il a été présenté le 28 avril par Bernard Clerfayt qui rappelle dans La Libre Belgique que le Japon « connaît la décentralisation de la police la plus forte au monde et le taux d'élucidation des enquêtes le plus élevé ».

18 avril 2006

The Economist

The Economist a un nouveau rédacteur en chef, John Micklethwait. J'en profite pour dire tout le bien que je pense de cet hebdomadaire unique que je lis maintenant toutes les semaines depuis 15 ans. J'aime la ligne générale libérale, tant en économie que sur les sujets de société. J'adore le style concis et l'humour des textes comme des illustrations. J'aime qu'un journal dise clairement ce qu'il croit et ce qu'il défend. Ainsi, pêle mêle, The Economist a pris position - sans enthousiasme - pour Romano Prodi et John Kerry, pour la guerre en Irak, pour une politique énergétique européenne, contre la constitution européenne, contre la pénalisation de la prostitution, pour la non pénalisation des drogues douces, contre les lois sur le négationnisme, pour le droit de publier les caricatures de Mahomet,... Relevons aussi la rubrique "Charlemagne"  qui apporte chaque semaine un brillant éclairage sur l'Europe.

Bien sûr, on n'est pas toujours d'accord et à prendre position sur presque tout, on risque de se tromper. Ainsi, lors de la Grande famine d'Irlande, au nom du "laissez faire", théorie dominante au XIXème siècle,The Economist avait soutenu qu'il ne fallait pas fournir d'assistance alimentaire ( "It si no man business to provide for another"). Plus récemment, l'hebdo avait parié sur un pétrole bon marché. Je préfère malgré tout cela aux éditoriaux souvent "chêvrechoutistes" du journal Le Monde, par exemple.

Je suis cependant peiné - mais The Economist n'y est pour rien -  de lire semaine après semaine dans la rubrique des indicateurs économiques que notre pays détient le record du chômage parmi les économies industrialisées.

28 mars 2006

Harvard - ULB : le match

Visite à l'ULB, orientée "recherche". Le président du Conseil propose lui-même la comparaison entre l'ULB et Harvard: les deux universités ont à peu près le même nombre d'étudiants, vingt mille. Harvard est numéro 1 dans le classement reconnu de l'Université Jiao Tong de Shanghai; l'ULB se situe dans un groupe entre la 101ème et 152 ème place avec Gand, l'UCL et la KUL. Harvard compte quatre fois plus de doctorants, publie six fois plus dans les meilleures revues mais dispose de ... onze fois plus de moyens. Ajoutons que son prestigieux Conseil d'administration est composé de ... 6 membres, celui de l'ULB en compte, Belgique oblige, pas moins de ... 35. Et le président de conclure un brin provocateur: "l'ULB est à l'Université ce que la Chine est au textile". A méditer, même si je reviendrais sur la grande qualité de la recherche.

PS 1. Comme me l'a justement fait remarquer un internaute sur ce blog, on dit Université Harvard, du nom de son fondateur et non Université de Harvard.

PS 2. La "commission de l'enseignement supérieur et de la recherche du parlement de la communauté française de Belgique" (ouf) est présidée par le sieur Frédéric Daerden, fils de son père. Le rendez-vous est fixé à 9 heures à l'ULB. A 9h40, les plus hautes autorités académiques, les chercheurs les plus titrés et dix parlementaires attendent encore le jeune président de la commission, par ailleurs échevin de Herstal, réviseur privé de plusieurs entreprises publiques wallonnes (il est député wallon) et, grâce à ses nombreux travaux scientifiques, chargé de cours à HEC - Ecole de gestion de l'Université de Liège (où l'on n'enseigne sans doute pas le conflit d'intérêt). Après quelques excuses (le trafic), Frédéric Daerden commence par une brève allocution de 10 minutes. Le programme commencera avec 50 minutes de retard ... Inimaginable à Harvard et sans rapport avec le manque de moyens: sous-développement quand tu nous tiens...

27 mars 2006

Le "New Deal" canadien

Les pays qui ont relancé la machine économique, la croissance et l'emploi ont mené des politiques semblables : baisses des impôts directs, réduction de la fonction publique à un niveau proportionnel aux besoins de l’économie et au fonctionnement de l'Etat, diminution du train de vie des ministres et priorité à l'innovation, la recherche et l'enseignement de qualité.

Après l’Irlande et la Nouvelle-Zélande, le Canada ne fait pas exception à la règle. « Un œil sur la planète » (France 2, lundi 20 mars 2006) a détaillé les réformes prises par le Parti libéral canadien ( plutôt au centre-gauche, les « conservateurs » occupant la droite de l’échiquier politique).

Il y a douze ans, le Canada se présentait comme le vilain petit canard du G8 : dette publique colossale (500 milliards de dollars canadiens, 67% du Revenu national), chômage à 10%. A tel point que le Wall Street Journal avait pu titrer : « Le Canada est-il en banqueroute ? »

Le Premier ministre Jean Chrétien lance alors une série de réformes obéissant à la règle suivante : « Quelle action publique pourrait être mieux réalisée par le privé ? ». Neuf ministères sont supprimés, les ministres restants abandonnent leurs limousines, l'armée renonce à renouveler son parc de chars d’assaut, le nombre de fonctionnaires diminue de 20%, des primes au départ leur sont octroyées, le train de vie l’Etat est réduit de 10%.

La dette publique fond de 40%. Cerise sur le gâteau : les libéraux parviennent à maintenir le système de retraite solidaire par répartition et la relative gratuité des soins de santé : pas de bain de sang social donc. Et la population accueille positivement ces mesures qui en quelques années ont redonné confiance au Canada.

Aujourd’hui, l’Agence nationale de l’emploi de Montréal offre 1.200 emplois par jour. Et pour cause : le taux de chômage est retombé à 6%. Les salaires et dépenses (notes de frais) des ministres sont publiés sur Internet. Toute administration épinglée est ré-auditée autant de fois qu’on constate des manquements par le "bureau du vérificateur général du Canada". Tout contrat public de plus de 10.000 dollars canadiens (7.000 euros) est publié également sur Internet : la transparence pour lutter contre le copinage et les abus.

PS. Intéressant de comparer avec le site du vérificateur du Canada avec celui de notre Cour des comptes.