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21 juin 2006

In de Warande (suite)

Crisp Selon la conclusion du bulletin du CRISP consacré au manifeste In de Warande, ce dernier serait l'expression d'une "Flandre néo-libérale, aux accents thatchériens et parfois, darwiniens, sûre d'elle-même", une "Flandre arrogante" et "donneuse de leçons". Pour une étude qui prétend vouloir apporter aux lecteurs "certains éclairages de nature objective" sur l'opuscule, les qualifications choisies sont pour le moins caricaturales.

L'étude du CRISP  propose deux démarches. D'abord, un exposé "sans commentaire" et "sans interférence" des réflexions du groupe In de Warrande. Un effort quasi pédagogique qui a au moins le mérite de faire front au contenu du manifeste, plutôt que de détourner le regard, ce qui du côté francophone a été l'attitude la plus répandue. Vient ensuite une partie d'analyse destinée à donner aux lecteurs les éléments de contexte (réactions politiques au manifeste ; résolutions du Parlement flamand depuis 1999; "autres" manifestes flamands) propres à éclairer les intentions ou encore la légimité du manifeste.

Si les auteurs s'accordent pour dire que la valeur scientifique des chiffres des transferts  est contestable, ils ne proposent, hélas, aucune analyse chiffrée personnelle. Le bulletin s'attèle à décrédibiliser le manifeste à travers quelques vastes réflexions, mais ne lui oppose aucune réplique sérieuse. Le voeu "d'objectivité" qui parcourt l'étude est trahi à maintes reprises par les préjugés des auteurs. D'après ces derniers, ceux qui considèrent que les problèmes économiques de la Wallonie alimentent le séparatisme et que les transferts empêchent les Wallons d'affronter lucidement leur situation seraient des partisans d'une "vision darwinienne" où "la solution des problèmes économiques passe par le démantèlement des avantages sociaux".

Qui peut croire que c'est avec ce genre d'arguments que l'on va s'opposer aux revendications flamandes ?  A quand un débat plus serein ?

20 juin 2006

In de Warande en français

Manifeste Un des enjeux des élections législatives de 2007 sera l'avenir de notre pays. Début décembre 2005, un groupe de personnalités flamandes publiait le “Manifeste In de Warande ”, un appel clair à l’indépendance de la Flandre. L’originalité du Manifeste est sa focalisation sur des critères socio-économiques et non, comme par le passé, sur un tissu de revendications identitaires. Le manifeste est désormais disponible en français. En voici, sans commentaires, les thèses principales.

La Flandre contribuerait largement au niveau de prospérité du sud du pays. Le Manifeste évalue à 10 milliards d’euros par an les transferts nord-sud : 2 milliards pour Bruxelles et 8 pour la Wallonie. Soit près de 1.800 euros par an et par Flamand et près de 7% de la richesse régionale flamande. Par comparaison, l’Allemagne de l’Ouest ne verserait «que» 4% à l’Allemagne de l’Est.

La structure fédérale actuelle de la Belgique nuit à la capacité d’adaptation du pays. Non seulement elle est inefficace (effritement du processus de décision) mais une partie des objectifs vise à atteindre un consensus pour le maintien du système lui-même et non des décisions indispensables à la modernisation de l’outil.

Les difficultés des trois Régions sont très différentes. La Wallonie connaît un chômage d’environ 15% avec des poches supérieures à 25%. La qualité de l’enseignement est au plus bas. Le taux de personnes avec le niveau d’école primaire y est plus élevé. La Flandre n’est pas à l’abri des difficultés pour s'adapter à la mondialisation. Bruxelles connaît un chômage très élevé (20%) et une paupérisation croissante mais son statut de Ville internationale et de Capitale des deux communautés lui donne un atout particulier.

L’environnement politique en Flandre est radicalement différent de la Communauté française-Wallonie-Bruxelles. Le centre de gravité en Flandre se trouve au centre-droit tandis que celui de la CFWB se trouve au centre-gauche. Le Sud tient un discours « très 19e siècle et marxisant ». La place de l’Etat est radicalement différente également : Etat-Providence au Sud, plutôt obstacle à l’initiative individuelle au Nord malgré un poids presque tout aussi pléthorique du secteur public. Toute réforme émanant de Flandre est systématiquement bloquée par l’immobilisme PS.

Conclusion du Manifeste : avec 6 millions de Flamands et 3,2 millions de Wallons, on peut former deux pays plus adaptés aux défis. On ne peut attendre que « l’Europe des Régions » vaporise le sentiment national. Le séparatisme est également une chance pour le sud du pays car lui seul créera le choc salutaire aux remises en question.

Demain, la critique du Manifeste par le CRISP.

PS. A lire sur ce thème dans les pages forum du Soir, l'interview de Pieter Leuridan, journaliste à "Gazet Van Antwerpen".

26 mai 2006

"Belgique : le dernier quart d'heure ?"

Gendebien Je ne connaîs pas Paul-Henry Gendebien, mais il mérite mieux que le semi anonymat dans lequel il est retombé et la caricature que l'on fait parfois de ses propos. Du moins si j'en juge par la lecture de son dernier petit libre "Belgique : le dernier quart d'heure ?".

Il n'y a pas grand chose à ajouter à sa brillante étude de la Wallonie : "L'essentiel, c'est que le système reste en place" ou encore "La démocratie, c'est la révocabilité du pouvoir. En Wallonie le pouvoir n'est plus révocable!". Son analyse de "L'échec historique du fédéralisme belge" est également assez lucide et parfois cruelle. "La barrière francophone était en papier mâché ". On le suit jusqu'à la page 134, puis on tombe dans le plaidoyer pour le rattachement à la France et le RWF qui fait notamment l'impasse sur l'intérêt économique qu'aurait la Wallonie à se rattacher à la France. Certaines de ses 17 propositions pour une "citoyenneté républicaine" rejoignent celle de "Démocratie ou particratie : 120 propositions pour refonder le système belge" et mériteraient d'être au moins discutées.

A mon avis, la meilleure analyse récente du fonctionnement de notre système. On en recommande vivement la lecture.

04 avril 2006

Quels soins de santé ?

« Renouer », bimestriel de la Mutualité socialiste (MS) à l’attention des médecins, dentistes et pharmaciens, revient, dans sa dernière édition (n°72), sur les avantages du système belge de soins de santé : 1. Le système belge offrirait un rapport coût/bénéfices plus rentable que l’assurance privée ; 2. Cette dernière serait moins efficiente tant sur le plan des coûts de gestion que sur le plan du contrôle des dépenses ; 3. Devant dégager des marges pour ses actionnaires et multipliant le nombre d’acteurs, l’assurance privée afficherait des coûts et des frais administratifs plus importants  (l’INAMI et les mutuelles concentrent 4,47% de leur enveloppe aux frais administratifs contre 14% des primes aux USA). Enfin, assure le Service d'Etude de la MS « les pays où l’assurance privée prend une part importante comme la Suisse ou les USA, sont aussi ceux où la dépense de santé en % du PIB est la plus importante : 9,4% en Belgique, 14% aux Etats-Unis. »

Notre système est-il pour autant la panacée ? Le récent débat dans l'émission "Mise au point" a montré que si l’enveloppe belge des soins de santé, en % du PIB, ne se montait qu’à 4,7% en 1970, elle se chiffre à 9,4% aujourd’hui. La part publique (beaucoup plus importante qu'aux USA) montait, elle, pendant la même période, de 66% des dépenses soins de santé totale à 74,5%. Est-ce un gage de rentabilité ? En 2006, les soins de santé pèseront 17,2 milliards d’euros, soit 35,5% des recettes totales de la sécurité sociale qui se monteront à 47,94 milliards d’euros ; près de 2.000 milliards d’anciens francs belges.

Face à cette somme considérable – financée par des cotisations sociales importantes à la fois des patrons et des travailleurs -, cela ne vaut-il pas la peine de poser un débat serein autour de l'organisation de la sécurité sociale et de la meilleure façon de protéger nos citoyens ? Des patients ne peuvent pas, par exemple, disposer de molécules les plus récentes contre certains cancers. Terrible déni de solidarité.

03 avril 2006

Urgence de la réforme fiscale - bis

Didier Reynders a confirmé son intention de poursuivre la réforme fiscale. Il entend notamment baisser le précompte professionnel, augmenter de 4% le plafond de déductibilité des frais forfaitaires, modifier les pourcentages de déductibilité selon les tranches de revenus à l'avantage des revenus inférieurs et relever la déductibilité des frais de garde d'enfants. Reynders propose aussi d'augmenter le revenu minimum imposable, de 5.900 euros actuellement, à hauteur du revenu minimum d'intégration.

Baisser les impôts en faveur des moins favorisés, voilà qui aurait dû réjouir chacun mais il n'en fut rien. « La réforme fiscale a coûté 1,5 milliard à l’Etat », « M. Reynders vide les caisses de l’Etat », « Reynders se prend pour Saint-Nicolas » se sont exclamés respectivement Joëlle Milquet, Jean-Marc Nollet et Elio Di Rupo. A contresens ?

Le rapport de l’OCDE publié mercredi apporte de l’eau au moulin de Didier Reynders puisque la Belgique est pointée comme pays le plus taxé de la zone OCDE. La pression fiscale globale (impôt sur le revenu, cotisation des salariés et des employeurs) pour un contribuable belge moyen isolé sans enfant atteint 55,4% du total (moyenne OCDE : 37,3%). Notre pays est aussi champion de la taxation des bas salaires.

11 mars 2006

Modèle social ?

Ci-après un extrait d'une des dernières conférences données avant son départ à la retraite par Michel Jadot, l'ex-patron du service fédéral "emploi". Socialiste, l'homme est connu pour son franc-parler et son honnêteté intellectuelle. Accédant au poste envié de "top manager", il avait critiqué la réforme Copernic qui lui avait permis d'augmenter considérablement son revenu tout en faisant, selon lui, le même travail qu'avant ...


"Dans la période qui a suivi la chute du mur de Berlin, le ministère de l’Emploi  a accueilli année par année des délégations de fonctionnaires en provenance des pays de l’Est qui venaient, à la demande de leurs gouvernements, s’enquérir des bienfaits de notre modèle social. A cette occasion, on leur donnait de longues explications sur le fonctionnement de notre marché du travail, sur les caractéristiques de l’organisation du dialogue social en Belgique ou encore sur les différents régimes de notre sécurité sociale. (...)

En tous cas, nous fonctionnaires, nous étions nombreux à penser qu’ils étaient tombés sous le charme des subtilités de nos constructions institutionnelles et qu’ils étaient désormais convaincus par la force de notre modèle social belge. La plupart de ces pays sont aujourd'hui des Etats membres de l'Union européenne. Nous en côtoyons maintenant les représentants dans les enceintes européennes, au Conseil et dans divers comités et groupes de travail. Pour dire les choses élégamment, on doit bien constater que ce ne sont pas aujourd'hui nos plus proches alliés quand la Belgique est amenée à définir des positions tranchées dans divers débats à travers lesquels s'échafaude le modèle social européen. (...)

Ce prodigieux héritage qu’on cultive comme le « modèle social belge » (…) peut-il toujours répondre aux défis qui sont ceux de notre société contemporaine ? Quand on se pose cette question et qu’on observe les hésitations plus que manifestes des représentants des nouveaux Etats membres à nous suivre dans nos combats, on ne peut qu’être amené à réfléchir."

Michel Jadot, Le Dialogue social en Belgique.

NDLR : nous soulignons les passages en "gras".

17 février 2006

Van den Bossche & Fille

On sait que la communication de la ministre fédérale Freya Van den Bossche (SPa) a connu quelques ratés dernièrement. C'est probablement la raison pour laquelle elle tâche de se profiler sur des sujets susceptibles de plaire à son électorat. Elle s'est ainsi attaquée à grand bruit aux agences immobilières, qu'elle accuse de violer systématiquement les dispositions de la loi sur les pratiques du commerce et la protection du consommateur. Celles-ci sont furieuses, et ont réagi par la création d'un site appelé "Freya liegt" ("Freya ment") sur lequel on trouve revue de presse, pétition, etc. On peut trouver le procédé peu élégant, mais celui d'un ministre qui jette l'opprobre sur toute une profession en se fondant sur une étude incomplète ne l'est pas moins.

Plus fondamentalement, on peut s'interroger sur la tendance de certains partis et certains ministres à s'attaquer à des secteurs d'activité (les pétroliers, le secteur pharmaceutique, les banques, les agences immobilières, etc.), souvent d'ailleurs en les soumettant à une fiscalité et/ou à des réglementations discriminatoires, parce que ces secteurs ont le tort de faire des bénéfices ou de déplaire à une partie de l'électorat qui estime qu'il faut "faire payer les riches". La situation économique de la Belgique ne permet pas de pénaliser le monde du travail de la sorte.

PS 1: RTBF: "Questions à la Une", suite dans La Libre Belgique, Le Soir, Vers l'Avenir, L'Echo.

Dans Le Soir, Catherine Pleeck, m'accuse d'être à l'origine des fuites sur cet épisode. Tiens, je croyais pourtant  que la protection des sources était une règle de base du métier de journaliste... bien malmené ces derniers temps. Elle pointe aussi - sans preuves - Alain Gerlache : ici on est plus proche de la délation...

PS 2: La Libre Belgique publie une tribune sur l'Europe que j'ai écrite suite à la publication du livre de notre premier ministre.

14 février 2006

Scrutin majoritaire

La Belgique vit depuis longtemps au rythme du scrutin proportionnel. Celui-ci permet de faire émerger de petits partis et offre une représentation de l’électorat plus conforme aux sensibilités du public, surtout minoritaire. Ainsi, il est évident que l’émergence d’ECOLO - qui a pu rassembler jusque 19% des voix suite à la crise de la dioxine – aurait été difficilement possible dans le cadre d’un autre mode de scrutin. Revers de la médaille : le Vlaams Belang et le Front national, eux-aussi, en ont largement profité.

Mais il y a plus grave : le scrutin proportionnel, obligeant à des coalitions parfois improbables, dilue les responsabilités. Sur qui placer la responsabilité de l’augmentation du chômage, par exemple, lorsque PS, MR et Ecolo gouvernent ensemble pendant quatre ans, tandis que l’ex-PSC a été aux affaires pendant quarante ans, que le cdH y revient de temps à autre, etc. ? Ce système est propice à la « responsabilité collective », idée-force d’Elio Di Rupo c'est-à-dire à son corollaire : personne n'est vraiment responsable. Le chômage a augmenté ? « Oui, mais parce qu' untel était aux Affaires économiques ». « Oui mais, c’est vous qui étiez ministre du Budget", "Qui était Premier ministre, hein ? », etc. Les tractations, souvent pré-électorales, échappent largement à l’électeur qui découvre la coalition au pouvoir un peu comme un lapin sorti d’un chapeau.

Un système majoritaire (à deux tours par exemple) permettrait d’avoir une politique socio-économique plus tranchée. Il dégagerait des majorités plus claires et permettrait une véritable alternance. Des réformes seraient plus facilement mises en oeuvre et la politique serait plus lisible pour les citoyens. Libre ensuite aux électeurs de juger du bilan qu’on pourra difficilement mettre sur le dos de la « collégialité ».

A l'heure actuelle, ce mode de scrutin n'est préconisé que par le MR. Contrairement à ce que craignent certains, attachés à nos traditions nationales, ce système ne verrait pas la disparition des partis existants mais il les obligerait à créer des coalitions plus larges ... avant les élections.

31 janvier 2006

Réponse à Guido Fonteyn

Dans une carte blanche (1) bizarrement intitulée, « Personne ne m’entendra jamais dire que tout n’est que gâchis en Wallonie » (mais qui a dit cela ?), Guido Fonteyn défend deux thèses. La première est que l’Etat-PS - il existe donc bien - est « la résultante démocratique de la présence massive de travailleurs dans les bassins industriels ».

Certes, mais cela ne justifie pas le clientélisme politique. Ce phénomène a bien été analysé par Rouquié, Hermet et d’autres. Il est considéré par tous les auteurs comme une perversion de la démocratie qui débouche, en Amérique latine, sur le caudillisme dont Charleroi, Mons et Liège connaissent des formes larvées. La seconde est que, la Wallonie étant jadis la première région industrialisée d’Europe, il était logique qu’elle subisse la première les délocalisations. Guido Fonteyn trouve donc « injuste de faire le procès de la classe politique wallonne » ce dont il m’accuse. Mais les délocalisations massives se sont produites, il y a 30 ans ! L’Angleterre, dont l’industrialisation est au moins aussi ancienne, a bien réussi cette reconversion, ainsi que d’autres régions d’Europe.

Ce qui nous ramène, non à la « classe politique » mais à … l’Etat PS et à son immobilisme. Pourquoi Schröder, Blair, les socialistes scandinaves réussissent-ils à faire des réformes courageuses et nécessaires, et pas notre PS ? Bien entendu, il ne me viendrait jamais à l’idée de qualifier Guido Fonteyn de sous-marin du socialisme wallon (2).

(1) Le Soir du 26 janvier 2006.

(2) Van Cau avait qualifié Alain Destexhe de « sous-marin de la Flandre » (Sud-Presse)

Ce billet a été publié le 1er février dans Le Soir, courrier des lecteurs

26 janvier 2006

Les Belges ne paient pas d'impôts !

C'est ce que nous apprend l'enquête sur le budget des ménages réalisée par l'INS et diffusée récemment par tous les médias belges. Il apparaît que le poste principal des dépenses est affecté au logement (21 % suivant l'INS) suivi du transport (13,4 %) et de l'alimentation (12,2%). S'alignent ensuite une série de petits postes comme les soins de santé, l'habillement, les GSM, etc. Au total, on atteint le chiffre fatidique des 100 % et on n'a toujours pas payé un franc d'impôt. Excellent, non ?

Magnifique tour de passe-passe statistique qui permet de camoufler la première source de dépense des ménages belges avec près de 50 % du budget annuel qui passe en impôts sur le revenus, impôts fonciers, taxes communales, droits de succession, droits de timbres, droits de vivre, etc. (selon l'étude Prospero 2004, on arrive en moyenne à environ 55% de ponctions de toutes sortes).

Une fois qu'on tient compte des prélèvements obligatoires, le logement ne représente donc plus que 10 % du budget réel des familles, soit cinq fois moins que le poste fiscalité. Une paille!

PS. Ci-joint l'édito paru dans Sudpresse ce jeudi 26 janvier : "Propos guerriers et mafieux"