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07 mars 2006

Militante ou terroriste?

L’affaire Fehriye Erdal qui vient de filer à l’Anglaise suscite quatre réflexions :

  1. La lenteur effrayante de la justice : l'affaire démarre en 1999.
  2. Le coût de la surveillance des terroristes en Belgique. Erdal est sous surveillance depuis 1999. Depuis le 17 février, pas moins de huit équipes de quatre personnes se relayaient pour éviter sa fuite. En vain. Quel coût pour la collectivité ?
  3. La liberté presque totale de mouvement de Mme Erdal en « résidence surveillée » alors que armes et munitions sont découvertes à sa résidence de Knokke le 27 septembre 1999. A comparer aux centaines de simples réfugiés clandestins qui sont parqués en centres fermés.
  4. La qualification de l’activité de Fehriye Erdal. De deux choses l’une : ou bien Erdal, en « résidence surveillée » à Bruxelles, au domicile de son organisation, le DHKP-C, d’où serait parti, selon La Libre, la revendication d’un attentat meurtrier commis à Istanbul le 24 juin 2004 par cette organisation, est une « militante d’extrême gauche » non-extradable. Mais alors l’Etat turc est un Etat non-démocratique qui n’a pas vocation à entrer dans l’Union européenne. Ou bien l’Etat turc offre toutes les garanties démocratiques d’un futur membre de l’UE (y compris sur le délicat problème de la peine de mort) et, dans ce cas, Mme Erdal est une terroriste à garder en détention avant son extradition demandée par Ankara.

25 février 2006

Soutien à Ingrid Betancourt

Lorsque j’étais à Médecins sans frontières, j’ai vécu les prises d’otages de certains de mes compagnons. Je sais d’expérience que la mobilisation, la communication, la solidarité comptent énormément.

Ingrid Betancourt est maintenant prisonnière depuis 4 ans, 1460 jours. Plus que jamais, il faut essayer de la sortir de l’isolement. Lorsqu’elle a été libérée, Florence Aubenas, a raconté qu’elle avait pris connaissance pendant sa captivité du mouvement de solidarité en sa faveur. On peut imaginer l’effet d’apaisement et d’espoir d’une telle mobilisation pour ceux qui sont victimes d’une prise d’otage.

La liberté d’expression qui a été retirée à Ingrid Betancourt, nous pouvons en disposer et la mettre à profit pour faire entendre notre soutien. Notre soutien mais aussi notre consternation face à une situation inadmissible : 1600 otages détenus en Colombie, au mépris de la dignité humaine et de la liberté. Un vaste mouvement d’opinion pèse dans la balance. Il constitue une sorte de harcèlement constant des ravisseurs.

PS: Je pars quelques jours; mais je vous ai concocté à partir de lundi, une petite série sur le plan Di Rupo = le plan Marshall.
A bientôt.

23 février 2006

Auderghem

Je mènerai la liste des libéraux bruxellois du MR aux élections communales. Réunis en Assemblée générale, sous la présidence de Christophe Hardy, les membres de ma section locale m'ont demandé de mener la liste et je les en remercie. La presse en fait aujourd'hui assez largement écho.

16 février 2006

RTBF: Questions à la Une, suite

Les deux passages modifiés par rapport à la version déjà envoyée aux journalistes spécialisés me concernent. Première séquence sucrée. « Le Plan Marshall, c’est la panacée ? » demande Michel Hucorne, le journaliste. « Vous savez,  c’est la enième version de l’interventionnisme wallon : les pouvoirs publics vont sauver la Wallonie ».

La 2e séquence sucrée est une interview d'environ une minute au Sénat. Elle figurait partiellement dans la bande annonce de l'émission qui est passée le week-end! "Le sénateur Destexhe, grand pourfendeur du mal wallon (voix off): aussi longtemps qu'on ne s'attaque pas à ce problème majeur de gouvernance publique, plutôt de malgouvernance publique que nous avons en Wallonie et aussi en partie à Bruxelles, je ne crois pas qu’il est possible de redresser véritablement la Wallonie. Vous savez que notre système public présente quelques caractéristiques uniques au monde. La Wallonie, c’est 262 communes, 5 provinces, 133 intercommunales, 33 para-régionaux, 9 centres universitaires, 29 hautes écoles, 5 TEC alors qu’il n’y en a qu’un en Flandre, 9 sociétés de distribution du câble télé. Trop de décisions publiques dépendent encore du fait que vous avez la bonne carte de parti, l’accès à un logement social par exemple. Il y a aussi une complexité institutionnelle qui n’est pas vraiment justifiée par l’économie mais qui vise souvent à répartir entre copains les dépouilles du pouvoir ».

Pourquoi supprimer ces deux séquences dans un sujet de 26 minutes ? Si ce n’est moi qui suis en cause – j’apparais bien dans le reportage – est-ce le discours sur la malgouvernance que je lie à l’échec annoncé du plan Marshall qui a été jugé intolérable ? Plus fondamentalement, le problème posé est celui de l’indépendance et de la liberté des journalistes.

PS: La Libre Belgique, Sud-Presse, la DH et Vers l'Avenir reviennent sur cet épisode

15 février 2006

"Des questions à la Une", ce soir RTBF

Plusieurs journaux (La DH, La Libre Belgique, Sud Presse) consacrent un article au "malaise" que suscite au sein de la RTBF la diffusion ce soir à 20h20 dans "Questions à la une" d'un sujet "révisé?", consacré au plan Marshall. L'émission a déjà été reportée à plusieurs reprises. Avant-hier, l'administrateur-délégué Jean-Paul Philippot pique une crise parce que le sujet "est trop critique du plan Marshall" et "parce qu'on voit trop Destexhe". On parle de déprogrammer le sujet alors qu'une bande annonce est diffusée depuis plusieurs jours et que les journalistes spécialisés ont reçu la cassette!

Attendons la diffusion toujours prévue ce soir et de voir en quoi consistent les "ajustements" éventuels. Mais, comme certains journaux, on peut déjà poser les questions suivantes. Est-il normal que l'administrateur-délégué intervienne ainsi en dernière minute alors que l'émission est approuvée par les producteurs ?  Qu'en est-il de la liberté, de l'indépendance, du droit à l'impertinence des journalistes ? Quelle est exactement la marge de manoeuvre par rapport au PS qui détient la majorité au Conseil d'administration de la RTBF... mais pas dans les urnes ? Et peut-on encore critiquer durement le plan Marshall sans que le boulevard de l'Empereur n'en prenne ombrage?

Les mots ne doivent jamais être utilisés à la légère. Aussi, il convient de méditer la définition de la censure : "contrôle exercé par un gouvernement, une autorité sur la presse" (...), action d'interdire tout ou partie d'une communication quelconque". La suite demain...

PS. Pour être complet, ajoutons que Le Soir, contrairement aux autres journaux, n'y voit qu'une "tempête dans un verre d'eau".

28 janvier 2006

The Constant Gardener

Contrairement à la critique et à beaucoup de gens, je n'ai pas aimé "The Constant Gardener", le film issu du livre de John Le Carré. "Tiré par les cheveux" est l'expression qui résume mon sentiment à propos d'un film où tous les méchants (les multinationales, les gouvernements anglais et kenyan) sont opposés à quelques humanitaires, empressés de sauver des milliers d'ignorants utilisés comme cobayes par les méchants labos pharmaceutiques. Une histoire abracadabrantesque, comme dirait Chirac.

Nul doute que nombre de spectateurs sortiront de la séance en pensant que "c'est comme ça que ça se passe". Les multinationales occidentales sans scrupules, les gouvernements européens complices et les ministres africains corrompus. Le scénario pourtant est peu crédible et la chute finale ridicule.

Deux scènes m'ont plu car elles renvoient à notre responsabilité individuelle. Dans la première, l'héroïne veut prendre en voiture une femme qui vient d'accoucher et qui doit marcher 30 kilomètres pour rentrer chez elle; mais elle ne le fait pas car son mari lui dit que c'est le lot de toutes les femmes africaines. Dans la seconde, lors d'une attaque de rebelles, le pilote d'un avion humanitaire refuse de laisser monter à bord un jeune soudanais parce qu'il ne fait pas partie du programme de secours; le condamnant ainsi à une mort quasi certaine. En me plongeant dans mes souvenirs du temps de Médecins Sans Frontières, ces deux épisodes me semblent très réalistes. On ne peut pas toujours règler un problème, mais on peut toujours essayer de faire quelque chose.

The Constant Gardener de Fernando Meirelles avec Ralph Fiennes, Rachel Weisz, Danny Huston, Pete Postlethwaite, Bill Nighy, Donald Sumpter, Hubert Koundé. Actuellement en salle. 

20 janvier 2006

Di Rupo : diffamer pour mieux esquiver

Hier soir, pour le première du Grand Défi, RTL-TVI et Bel-RTL m'avaient demandé de poser une question à Elio Di Rupo. La voici  :

"Le PS est au pouvoir depuis près de 20 ans. Aujourd'hui, 15% des Wallons vivent dans la pauvreté, un tiers des jeunes sont au chômage. Celui-ci est à un maximum historique. Par rapport à la moyenne européenne, la Wallonie continue à décliner. Elle est désormais la région la plus pauvre située au cœur économique de l'Europe. L'écart avec la Flandre se creuse encore. Dans le même temps, l'Irlande a multiplié son revenu par habitant par plus de trois. L'Espagne a réduit son taux de chômage de 24 à 8,5%. Des pays de l'Est nous rattrapent. D'autres partis socialistes ont mené ou mènent des réformes courageuses : Schröder en Allemagne, Zapetero en Espagne, Blair en Grande Bretagne,... Quand j'entends Frank Vandenbroucke du SP.A, je me demande si vous parlez encore du même socialisme. Quelle responsabilité porte le PS dans le déclin wallon ? Pourquoi le PS n’est-il pas capable de mener les réformes nécessaires que d’autres font en Europe ?"

Comme d'habitude, Di Rupo n'a pas répondu sur le fond. Omettant  sciemment de commenter les chiffres de la question, il a choisi de parler de "manipulation" en critiquant ceux de "Wallonie : la vérité des chiffres", alors que plus personne ne les conteste. Il a mis le déclin wallon sur le compte des industriels qui s'étaient désengagés de Wallonie ... mais il a oublié de préciser que c'était il y a un quart de siècle.

Puis, il s'est attaqué directement à l'homme (moi en l'occurrence, absent du plateau), estimant "indigne" que j'accepte le "Prix de la liberté" de Nova Civitas et pratiquant, comme Philippe Moureaux, un amalgame pervers et peu glorieux avec le Vlaamse Belang. Est-il encore permis de critiquer le PS sans essuyer des insultes diffamatoires ?

Si de plus en plus de Flamands deviennent, hélas, séparatistes, c'est aujourd'hui avant tout à cause du retard économique de la Wallonie, dont le PS est le premier responsable avec sa gestion clientéliste. Ce débat là, Monsieur Di Rupo préfère l'esquiver.