Finlande : de la crise au succès
L’exemple du développement de l’économie finlandaise démontre que d’une crise macro-économique majeure peut naître le succès. Tout comme le succès de l’économie irlandaise, le cas de la Finlande – même si un modèle n’est jamais entièrement transposable - est riche en leçons pour la Wallonie. Au début des années nonante, la Finlande a traversé une grave crise macro-économique ( le PIB chute de 7 %), partiellement due à la perte soudaine des marchés de l’URSS. Le taux de chômage atteignait les 15 %. En peu de temps, la Finlande est passée d’une société industrielle traditionnelle à une économie basée sur la connaissance, devenant l'une des économies les plus attractives au monde.
Les ingrédients finlandais du succès ? En premier lieu, le pays a su faire le pari de l’innovation. Aujourd’hui, le rapport entre le PIB et le montant des dépenses allouées au développement et à la recherche est l’un des plus élevés dans le monde - environ 3,5 %. Le taux d’inscription dans l’enseignement supérieur est bien au-dessus de la moyenne de l’OCDE ; le nombre de chercheurs proportionnellement à la population est plus élevé que dans n’importe quel pays.
Par ailleurs, la Finlande a fait la part belle à l’éducation : garantir un personnel hautement qualifié ; faire de la formation continue un réflexe naturel ; susciter l’enthousiasme pour la recherche et développer l’imagination sont devenus des priorités. Le gouvernement finlandais a également opéré de nets changements dans les institutions et les politiques publiques. Son leitmotiv : l’efficacité publique. Partant du principe qu’il n’était pas paradoxal pour un secteur public d’innover, l’Etat finlandais a procédé à une véritable révolution dans la fonction publique (entretien d’évaluation des fonctionnaires, formation continue renforcée, contrats temporaires,...).
Conclusion : lorsque le monde politique a un réel sens de l’urgence, il est possible de faire des changements structurels significatifs endéans une courte période de temps ! Tout cela, faut-il le préciser, avec un parti social démocrate au pouvoir ...
Source : OCDE ; ETLA (The Research Institute of the Finnish Economy)
La Finlande tire son épingle du jeu par rapport à un modèle scandinave qui bat de l'aile (chute de la Norvège et de la Suède dans les indices de prospérité de l'OCDE depuis 20 ans). Mais c'est plus politiquement correct de regarder la Scandinavie que la vilaine libérale Irlande ou l'Amérique du Nord. Je suppose qu'en Finlande il n'y a ni manifestations ni syndicats archaïques. Et que le peuple pense d'abord intérêt général avant intérêt particulier. Comme d'hab'.
Rédigé par: Alexis de Tocqueville | 24 mars 2006 at 08:50
Il faut surtout convenir et comme la fin de ce billet l'indique, que la réforme est loin d'être une question idéologique mais tient bien plus du pragmatisme: "penser à la prochaine décennie et pas à la prochaine élection". Hélas, à voir la situation de la Wallonie, je n'ai de mot que le terme de "féodalité", employé par un historien dans le reportage de la RTBF sur le Plan Marshall...
Rédigé par: Promethee | 24 mars 2006 at 09:28
Les partis politiques Belges se sont toujours basés sur une nonchalance de l'électeur. Par tradition, le vote est relativement figé. Seuls quelques pourcents d'indécis ont l'illusion de changer le cours des majorités dont le sort est souvent fixé par des accords pré-électoraux.
Si, par accident, une nouvelle crise institutionelle venait paralyser le pays, à quoi pourrions nous assister ?
Aux discours lénifiants d'hommes politiques en manquent d'idées ? A l'apparition d'extrêmites de tous poils ? Au retour de vieux chevaux comme Wifried Maertens, dont le discours "La situation est désepérée, mais ce n'est pas grave" alors qu'il était à la veille de faire appel au FMI, est encore dans toutes les mémoires.
La Belgique mérite mieux que cela. A nous les Belges, de lui prouver.
Rédigé par: Jean-Philippe | 24 mars 2006 at 10:23
Ca ne serait pas aussi triste, je préparerais du pop corn pour 2007. Et quand je lis Reynders dans le Soir parler de réformer institionnellement le paysage francophone, je me dis qu'on est pas rendu sur nos vrais problèmes...
Rédigé par: marco | 24 mars 2006 at 10:30
"Lorsque le monde politique a un réel sens de l'urgence"
En Wallonie, cela passera, je le crains, par les soupes populaires. Cela peut paraître extrême, mais que se passera-t-il lorsque les perfusions flamande et européenne s'arrêteront ?
Rédigé par: EmigréParDégoût | 24 mars 2006 at 10:55
idéalement un système ne devrait pas avoir besoin d'une crise pour réaliser une mutation comme l'explique Michel Crozier dans son étude des bureaucraties...
j'ai l'impression que les Finlandais sont en particulier
et en général plus adaptatifs que nous, et ce pour des raisons culturelles à l'instar des Hongrois et autres groupes isolés .
Peut être qu'une des raisons réside dans la créativité et
souplesse dont ils ont du faire preuve pour survivre ?
Rédigé par: Robert J | 24 mars 2006 at 11:20
Il faut souligner que la Finlande a particulièrement peu "d'avantages naturels".
Pays décentré par rapport au centre de l'Europe, peu de voies de communications et d'infrastructures routières, fluviales, aériennes, etc : le contraire de la Wallonie qui bénéficie d'une situation idéale. Trop ?
Rédigé par: Maxpasweber | 24 mars 2006 at 11:51
@Jean-Philippe
"Les partis politiques Belges se sont toujours basés sur une nonchalance de l'électeur.
Par tradition, le vote est relativement figé.
Seuls quelques pourcents d'indécis ont l'illusion de changer le cours des
majorités dont le sort est souvent fixé par des accords pré-électoraux."
A mon sens, ce qui permettrait à une démocratie d'évoluer au dessus ce traditionalisme est un changement radical du marketing électoral.
Il faudrait ne plus pouvoir voter QUE pour des programmes.
Fini les partis, les visages, les dents bien blanches, les couleurs de cravates (ou de noeuds papillons) et les poignées de main sur les marchés le jour de l'élection.
Vous recevez chez vous un programme, une méthode claire d'évaluation du programme à mi-parcours (ou plus fréquemment),
une liste de moyens pour son implementation etc...
Terminé les méthodes de racollage politique organisé par des publicitaires jouant sur la couleur du veston (ou de la robe) du candidat...
Rédigé par: Pijean | 24 mars 2006 at 12:11
C'est cela. Rendons la politique aux machines.
Rédigé par: Gadrel | 24 mars 2006 at 13:08
@Gadrel
Absolument pas!
Les Programmes politiques restent toujours établis par des personnes (enfin des groupes de personnes). Mais leur seul pouvoir d'attraction sur l'électeur est la qualité de leur propositions politiques et pas les sourires flateurs.
Rédigé par: Pijean | 24 mars 2006 at 13:57
"Il faudrait ne plus pouvoir voter QUE pour des programmes."
Désolé de ne pas partager votre opinion, mais c'est la meilleure manière de se faire avoir. Un exemple, j'habite ma commune depuis 20 ans. Cela fait 18 ans qu'un hall sportif est inscrit au programme de TOUS les partis. Depuis 18 ans, tous ont été au moins une fois au pouvoir, dont un, le MR avec une majorité absolue. Résulat: Hier, un candidat sur la future liste MR ma demandé "Tu crois que ce serait bien que je remette le hall sportif sur mes tracts ?" J'ai failli lui répondre "Oui, comme ça tout le monde saura que tu n'es qu'un fumiste"
J'adhère à des idées, à une vue de la société, mais je vote pour des hommes. Ces hommes, je veux les connaître, les rencontrer, me confronter à eux, voir si ce qu'ils sont correspond à ce qu'ils disent. Je ne leur demande pas d'être parfait. Juste d'être eux.
Maintenant, deux questions: Avez-vous déjà lu les programmes de TOUS les partis pour forger votre opinion ? A votre avis, combien de Belges ont lu ne fusse qu'un seul programme dans leur vie ?
Rédigé par: Jean-Philippe | 24 mars 2006 at 14:23
@ Pijean
D'accord, mais en regardant l'exemple le plus proche, la Wallonie: le PS s'y fait voter pas seulement parce que Elio di Rupo a un noeud pap et qu'il est présent partout. Il se fait voter surtout parce qu'il promet aux gens qu'ils ne devront pas bouger le doigt et aller travailler parce que l'Etat ou les entreprises vont passer à la caisse. C'est plutôt ça qui mène le pays à la ruine, le programme en soi, je pense, et pas tellement le principe de la personnalité politique.
Rédigé par: mailman | 24 mars 2006 at 14:28
Le problème du programme politique vient du fait que peu de politiciens le respectent une fois qu'ils sont élus. Certes, il faut faire des compromis mais une partie du programme est souvent "oubliée".
Si les politiciens pondaient des programmes moins ambitieux, plus réalistes et s'y tenaient, ils auraient la sympathie du citoyen-électeur. A deux exceptions près : ceux qui ne suivent pas un minimum l'actualité politique et ceux qui ont la mémoire trop courte (c'est aussi à l'électeur de sanctionner les "parvenus")
Rédigé par: Adam Smith | 24 mars 2006 at 14:42
Concernant les programmes : n'a-t-on pas tendance à confondre partis politiques et orientation politique (gauche, droite, centre, etc... meme si ce sont des critères réducteurs). Peut-on être socialiste et être contre le parti socialiste. Si je suis de gauche, le seul parti à ma disposition est le PS pour voter à gauche (en gros), le MR si mon coeur est plutot à droite.
C'est tout le problème d'un système qui repose sur des partis. C'est forcément réducteur mais en même temps rassembleur...
Dilème.
Par contre M. Desthe, bravo pour votre travail d'opposition... ah ? Mais on me souffle que votre parti est dans la majorité au fédéral... au temps pour moi... ;-)
Rédigé par: marco | 24 mars 2006 at 14:49
@Tous
Veuillez prendre note que j'ai ajouté aussi "une méthode claire d'évaluation du programme à mi-parcours (ou plus fréquemment)".
Cela permet de demander des comptes aux politiques qui implémentent leur programmes.
Supposons que la méthode d'évaluation présente d'atteindre 25% des programmes après un quart de la période au pouvoir, et que cela n'est pas rempli, et bien il y a sanction.
En fait, quand vous travailler sur un projet dans une boite quelconque, c'est exactement ce que l'on vous demande. A un certain niveau du projet, on vérifie si les objectifs intermédiaires (établis en commun accord à l'avance) sont atteints ou non. Selon les cas, il y a réajustements (etc.) et, au pire, vous êtes dehors.
Jamais vous ne vous en tirerez avec une belle pirouette politicienne...
Rédigé par: Pijean | 24 mars 2006 at 15:24
"Peut-être qu'une des raisons réside dans la créativité et la souplesse dont ils ont dû faire preuve pour survivre ?"
Puisque la question sur le déterminisme géographique est posée, voici effectivement les propos d'un chercheur de l'ETLA d'Helsinki, Pekka Ylä-Anttila. "Quand on pense Finlande, il faudrait toujours garder à l'esprit que 60% des habitants de la planète vivant du 60ème parallèle Nord y habitent. Cette position extrême explique bien des choses nous concernant. Au XIXe siècle encore, à cause des rigueurs du climat nordique, la Finlande a connu deux terribles famines ayant causé la mort de 5% de la population finlandaise. La dureté du climat nordique a endurci le peuple finlandais et l'a poussé à prévoir, à s'organiser à l'avance, dans la perspective de survivre".
Ce sens de la prévoyance expliquerait, selon lui, que les finlandais misent actuellement fermement sur les savoirs scientifiques comme moteurs de l'économie nationale
Rédigé par: Arnold Toynbee | 24 mars 2006 at 15:45
On n'a jamais inventé de système sans hommes politiques. Cela semble une espèce de "mal nécessaire" même s'il y en a pas un pour sauver l'autre. Peut-être les nouvelles technologies nous permettront d'imaginer un système totalement différent?
Rédigé par: Alexis de Tocqueville | 24 mars 2006 at 15:48
Adam Smith > "Si les politiciens pondaient des programmes moins ambitieux, plus réalistes et s'y tenaient,..."
Un programme (heureusement) n'est pas là que pour les 4 ou 5 ans d'un mandat, comment voter pour un parti dont le programme justement n'est pas ambitieux ? Comment voter pour un parti dont le programme ne va pas plus loin que la durée d'une législature.
Un des grands problème de notre pays est aussi que tout le monde change de poste tout le temps dans les ministères. Quand un ministère est occupé par deux, voir trois ministres différents en cours de législature ... comment faire du travail sérieux sur le long terme ?
Rédigé par: Jonathan Loriaux | 24 mars 2006 at 15:50
Arnold,
Je ne crois pas beaucoup aux déterminismes météorologiques. L'Egypte, PVD aujourd'hui, dominait son environnement il y a 4.000 ans avec le même climat...
Rédigé par: Mango | 24 mars 2006 at 15:51
@Jean-Philippe
"Maintenant, deux questions: Avez-vous déjà lu les programmes de TOUS les partis pour forger votre opinion ? A votre avis, combien de Belges ont lu ne fusse qu'un seul programme dans leur vie"
C'est justement parce que l'électeur peut se faire une opinion SANS lire les programmes que cela se passe mal.
Tout le marketing électoral est basé sur cela.
Les logos, les couleurs, les symbôles, même les numéros des liste on essaye de leur donner une signification,...
Si cela disparait, soit l'électeur vote au hasard, soit il lui reste à lire les programmes.
Surtout que l'on ne me dise pas que l'électeur est idiot et qu'il est incapable de lire ou de comprendre...
De son coté, le politique doit accompagner son programme d'explications, d'exemples, d'ouvrages de vulgarisation afin qu'il soit à la portée de tous.
(on peut rêver non?;-)
Rédigé par: Pijean | 24 mars 2006 at 15:58
"Quand un ministère est occupé par deux, voir trois ministres différents en cours de législature ... comment faire du travail sérieux sur le long terme ?"
Et oui c'est un problème...
N'était-ce pas le cas à la culture lors de la précédente législation et n'était-ce pas le MR qui avait ce poste ?
Rédigé par: Cosette | 24 mars 2006 at 16:04
@pijean,
Si cela pouvait être vrai. Exiger des politiques qu'ils rendent compte de ce qu'ils ont réellement réalisé par rapport à leur promesse. Certains, même au MR, n'hésitent pas à se présenter à des scrutins (les européennes) sachant qu'ils ne siègeront pas. Cela devrait être interdit.
L'électeur est loin d'être un idiot. Malheureusement, sur son bulletin de vote, ce sont trop souvent les mêmes noms qui lui sont proposés.
Rédigé par: Jean-Philippe | 24 mars 2006 at 17:19
@ Pijean:
Sincèrement, à voir l'électeur à l'oeuvre je pense qu'il est en grande partie, ben, pas brillant. J'en suis désolé, mais malgré tous les artifices verbaux et propagandistes d'un parti, il n'y a pas d'excuse pour l'électeur qui persiste dans son choix pendant des lustres alors que ses choix ont mené à la situation actuelle. C'est affligeant.
Votre idée repose sur l'hypothèse d'un électeur volontaire, concerné par le progrès et responsable de ses actes. Je crains que ce ne soit pas toujours le cas.
Rédigé par: mailman | 24 mars 2006 at 17:56
Glaverbel va licencier
Inbev délocalise
Ce ne sont tout de même pas les socialistes ni les électeurs qui sont responsables.
Que faire ?
Sans être socialiste je reste plutôt de centre gauche.
C'est vraiment la bérézina et je ne crois pas aux théories fumeuses de votre libéralisme.
Rédigé par: Cosette | 24 mars 2006 at 18:10
@Cosette
Le problème peut se résumer à ceci : vous ne croyez pas "aux théories fumeuses du libéralisme" (sic). Soit. Mais croyez-vous sincèrement (et c'est également un bonhomme plutôt à gauche sur l'échiquier politique qui vous le demande) que ce sont les théories des élus du parti socialiste belge, les Van Cau, les Despi, les Marcourt, les Courard, les Arena, les Onkelincks, les Mathot, les Daerdenne, les Happart, les Demeyer, les Coeme ... qui vont aider la Wallonie à sortir du marasme dans lequel elle végète depuis 40 ans ? Ah, à peu près depuis qu'ils y sont au pouvoir en fait ...
Rédigé par: Zébulon | 24 mars 2006 at 18:41