Le Forum social de Bamako
Selon ses organisateurs, "Le Forum social mondial de Bamako est d'une grande importance pour les peuples d'Afrique, victimes du système néo-libéral, synonyme de violence, de souffrance, de pauvreté et d'exclusion pour les trois quarts de l'humanité."
Ah, le libéralisme en Afrique ! C'est bien connu : les Africains sont pauvres car leurs gouvernements sont « ultra-libéraux ». Interventionnisme à tous les étages, inexistence du marché libre, corruption, faiblesses de la démocratie et du respect de la propriété privée, absence de séparation des pouvoirs, etc. Effectivement, le libéralisme à l'état pur... Chacun en jugera.
Hélas, le Forum social mondial s'appuie souvent sur une caricature de l'économie mondiale. Par exemple, il concentre ses attaques sur les entreprises multinationales. Selon les participants à ce forum, les institutions multilatérales (OMC, Banque mondiale, FMI,...) seraient les marionnettes des grandes entreprises.
Soutenir que les entreprises multinationales exploitent les pauvres revient à ignorer que la plus grande partie des investissements étrangers directs dans le monde se réalise entre les États-Unis, l'Europe et quelques pays asiatiques. Du point de vue économique, ce qui peut arriver de pire à un pays est que les multinationales l'ignorent. Les pays africains les plus pauvres reçoivent à peine 1% du total des investissements étrangers directs. En comparaison, cet investissement a atteint, dans les pays industrialisés membres de l'OCDE, 460 milliards de dollars en 2002.
Le Mali n'est pas exploité, il est marginalisé, et c'est bien plus grave.
Le Forum social mondial traite de problèmes graves qui méritent l'attention, mais il le fait souvent à partir d'une optique dogmatique (protectionnisme, rejet des multinationales, ...) qui a déjà été expérimentée au cours des 50 dernières années au plus grand détriment des populations. Il est dommage qu'autant d'énergie et d'enthousiasme ne soient pas mobilisés pour des objectifs comme le respect de l'Etat de droit ou la liberté des marchés.
Lire aussi:
La première chose à faire pour aider l'Afrique à mes yeux, c'est lever les barrières à l'importation de leurs produits agricoles en Europe : taxes, quotas, et surtout supprimer la PAC ! On devrait même appliquer cela à tous les secteurs.
Si l'Afrique était vraiment libéral, elle nous ferait bien plus peur que la Chine et aurait une croissance encore plus impressionnante. Et les consommateurs du monde entiers en seraient les premiers bénéficiaires.
Oui, effectivement, l'Afrique est très éloignée du libéralisme.
Rédigé par: Mercure | 23 janvier 2006 at 11:09
M. de Stexhe a d’autant plus raison que, de plus en plus, sur le terrain, les « acteurs » partagent cet avis. Pas plus tard qu’avant les Fêtes pendant lesquelles, probablement, nombre d’altermondialistes du Monde Diplomatique, firent bombance avec force foie gras, l’ancien ambassadeur de RDC en Belgique, Albert Kisonga Mazakala expliquait dans La Libre Belgique (28.11.05) que, pour l’essentiel, chaque président africain dispose de son jet privé. Les maux qui frappent l’Afrique sont la corruption et la mal-gouvernance et non pas un manque d’aide, insistait-il. Il appelait même, dans un souci de plus grande efficacité, les expatriés européens à s’investir davantage dans la gestion des administrations africaines ! Venant de toute autre personne qu’un intellectuel africain, cette affirmation aurait entraîné l’accusation de post-colonialisme !
Il est bien évident que c’est d’absence de libéralisme dont souffre le continent africain et non d’un surplus. Selon le Rapport du Fraser Institute, le Niger figurait d'ailleurs à la 112e place qui en compte 123 concernant la liberté économique.
De même, le club de Paris a annulé plus de la moitié de la dette externe du Nigéria, soit environ 18 milliards de dollars sur 30. Mais à quoi diable a servi la rente pétrolière qui a rapporté plus de 150 milliards de dollars depuis une vingtaine d'années à ce pays alors que la majorité des Nigérians vit avec moins d'un dollar par jour?
Beaucoup de pays d’Afrique ont d’ailleurs choisi un mode de développement socialiste (Algérie, Ethiopie mais aussi Congo belge où Mobutu avait installé une espèce d’économie maoïste). Les plus grandes famines du 20e siècle se produisirent toujours dans des économiques socialistes : Chine (25-45 millions de morts), Ukraine (7-10 millions), Corée du Nord (2-3 millions), Éthiopie (1 million).
Les deux principales agences de la Banque mondiale ont déversé 600 milliards de dollars (plusieurs dizaines de Plans Marshall) sans succès. Cet argent a disparu, confisqué par les roitelets locaux, vilipendés dans l’achat d’armements très coûteux alimentant des guerres civiles incessantes.
Mais il y a mieux et plus optimiste : un excellent article publié sur www.euro92.com relate l’énergie des peuples des favelas sud-américains qui s’échinent à améliorer leur logement insalubre mais, ne possédant aucun acte de propriété, ne peuvent hélas obtenir de prêt bancaire sur hypothèque. Certains experts estiment que 9.000 milliards de dollars dormiraient ainsi sous forme d’actifs immobiliers, constituant du capital « mort » en quelque sorte. Cette somme représenterait vingt fois l’aide direct aux PVD entre 89 et 99. Parallèlement, ces courageuses personnes développent des activités commerciales élémentaires contenues dans la sphère dite « informelle » soit « au noir » pour reprendre un syntagme d’aujourd’hui. Cette économie informelle mériterait à être légalisée car elle constitue l’embryon d’un secteur privé.
Au lieu de quoi, pour l’essentiel, les emplois de qualité en Afrique sont des postes de fonctionnaires internationaux payés par l’étranger. Or, il n’y a pas de fatalité : les peuples du Tiers-Monde ne sont pas plus bêtes qu’ailleurs. Créez donc les conditions d’une économie privée prospère et le décollage sera au rendez-vous.
Mais je voudrais élever le débat en ceci : il me semble que l’Aide au Tiers-monde s’arc-boute hélas autour du fameux sanglot de l’homme blanc : on assiste ces peuples oubliés, pensant qu’il s’agit là d’une dette envers eux pour nous, oppresseurs, qui ont détruit leurs économies locales. Comme si ces gens si courageux ne pouvaient pas se prendre en main ! Cette mentalité d'assistanat (qui corrompt aussi la Wallonie toute proportion gardée) me semble constituer une forme particulièrement subversive de post-colonalisme. Au fond, l'altermondialisme est une forme subtile de racisme : elle dénie aux peuples du Tiers-monde la capacité d'assumer leurs propres difficultés et leurs propres erreurs.
En cela, cet nième ersatz anti-capitaliste est particulièrement nuisible au progrès du l'humanité.
Rédigé par: Alexis de Tocqueville | 23 janvier 2006 at 11:21
L'auteur de l'article publié sur euro92 cité par Alexis s'appelle Hernando de Soto. Le Centre Jean Gol ( http://www.cjg.be ) a d'ailleurs mis en ligne un résumé du dernier livre de cet économiste péruvien : "Le Mystère du Capital". A lire absolument.
Rédigé par: Molinari | 23 janvier 2006 at 13:08
Sur ce thème, lire cet article de l'excellent Xavier Méra de l'Institut économique Molinari : http://www.institutmolinari.org/editos/20050712.htm
Rédigé par: Molinari | 23 janvier 2006 at 15:40
Sur http://shopping.kelkoo.fr/ctl/do/search?siteSearchQuery=bamako, comparez les vols pour Bamako. Quelle meilleure contre-publicité pour ces grands méchouis alters?
En première classe, on imagine Jack Lang commandant du champagne Taittinger en compagnie de José Bové préférant, lui, un cocktail Bamako.
Rédigé par: Alexis de Tocqueville | 23 janvier 2006 at 16:47
La RTBF, grande télé Socialiste d'Etat, vient de diffuser ce soir dans le JT un reportage sur le Chili démontrant par A+B que le pays profitera de moins de libéralisme et d'un renforcement de l'Etat. Bien entendu. A l'approche des élections communales, probablement que le mot d'ordre des syndicats et des partis de gauche qui font tanguer le rafiot de la communauté française est de gaver le plus possible Monsieur Dupont et Madame Michoux de messages-épouvantails contre le grand méchant libéral, etc. Comment encore croire que cette télé est objective... si on n'est pas socialiste bien sûr.
Rédigé par: Alexandre Gilis | 23 janvier 2006 at 20:03
À propos de Forum « social » mondial, Johan Norberg rapportait une anecdote délicieuse : Le charpentier qui construisit le podium pour le FSM qui eut lieu à Bombay en 2004 ne fut vraiment pas enchanté du traitement que lui réserva le mouvement défendant la « justice globale ». En effet, il fut payé seulement 4$ par jour, alors que, quand il travaillait pour la globalisée industrie cinématographique indienne, Bollywood, - qui n'est mue que par le profit ! -, il était payé le double !
http://www.johannorberg.net/?page=displayblog&month=01&year=2004#162
Rédigé par: Lucilio | 24 janvier 2006 at 07:47
"La RTBF, grande télé Socialiste d'Etat, vient de diffuser ce soir dans le JT un reportage sur le Chili démontrant par A+B que le pays profitera de moins de libéralisme et d'un renforcement de l'Etat."
Atteindre un tel niveau de propagande idéologique dans un média de communication payé par tous les contribuables est simplement répugnant. Dire que le Chili bénéficiera de moins de libéralisme et de plus d'étatisme, c'est mentir par la gueule, alors même que tous les spécialistes s'accordent pour dire que, si le Chili est le seul pays latino-américain à connaître une prospérité croissante et soutenue depuis plus de vingt ans - le jaguar d'Amérique -, c'est justement parce que ce pays est le moins étatisé et le moins socialisé d'Amérique latine, parce qu'il est franchement ouvert au marché global. Une des réformes libérales les plus significatives, la privatisation et la libéralisation de la sécurité sociale, est à ce point un tel succès qu'elle est copiée par des pays chaque fois plus nombreux en Amérique et dans le reste du monde et que même la gauche chilienne, qui vient de remporter les élections législatives et présidentielle, n'a aucune intention de modifier ce système qui a parfaitement démontré sa supériorité sur le modèle de sécurité sociale public.
À ce sujet, il convier de lire un texte de Piñera sur la privatisation de la Sécurité Sociale au Chili :
http://www.josepinera.com/pag/pag_tex_penschile_fr.htm
Rédigé par: Lucilio | 24 janvier 2006 at 08:13
Après les drames sociaux traditionnels de Pierre Istasse, les "infos" de la RTPS passent les spots publicitaires d'Elio en plein journal...
Il n'y a absolument aucune connexion logique dans ce reportage, tout ce que j'en retiens c'est que le cuivre doit être exporté tel quel en Europe car transporter des tuyaux ou des rouleaux, c'est transporter du vide. A écouter les journalistes d'Etat, cette simple évidence serait de nature à mettre par terre l'ensemble de l'économie chilienne. Heureusement que l'Etat, ce grand deus ex machina, va venir remédier avec toute l'éfficacité qu'on lui connaît aux "défaillances du marché".
"L'État, c'est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s'efforce de vivre aux dépens de tout le monde" - Frédéric Bastiat
Rédigé par: Molinari | 24 janvier 2006 at 09:16
J'a moi aussi été choqué par ce "reportage" néo-bolchévique. N'y a-t-il rien que Monsieur Destexhe, sénateur "communautaire" puisse faire afin de remettre les pendules erretébéennes à l'heure ?
Rédigé par: HP | 24 janvier 2006 at 10:32
Au sujet de l'article d'Hernando de Soto, ce petit extrait qui en dit long : "Pour nous faire une idée des difficultés de la vie pour un immigrant, mon équipe de recherche et moi-même avons ouvert un petit atelier de vêtements dans les faubourgs de Lima. Notre projet était de créer une nouvelle entreprise en toute légalité. L'équipe s'est donc mise à remplir les formulaires, à faire la queue, et à faire les trajets en bus au centre de Lima pour obtenir toutes les autorisations nécessaires à l'ouverture au Pérou d'une petite entreprise suivant la lettre de la loi. Elle y a passé six heures par jour pour finalement enregistrer l'entreprise en question… 289 jours plus tard. Alors que l'atelier n'était censé employer qu'un seul ouvrier, le coût de l'enregistrement légal équivalait à 1 231 dollars 31 fois le salaire minimum mensuel. Obtenir l'autorisation légale de construire une maison sur un terrain d'Etat a pris six ans et onze mois, exigeant 207 démarches administratives dans 52 administrations. Obtenir un titre juridique sur ce bout de terrain a nécessité 728 démarches. Nous avons aussi découvert qu'un conducteur privé de car, de taxi ou de taxi collectif qui voulait voir son trajet officiellement reconnu devait faire 26 mois de formalités administratives."
Le Pérou, malade du libéralisme? Vraiment?
Rédigé par: Alexis de Tocqueville | 24 janvier 2006 at 10:58
J'invite un max de personnes à écrire à la RTBF pour signaler l'indignation face au manque de neutralité de son information.
http://www.rtbf.be/rtbf_2000/waps_medit/formulaire
Rédigé par: Alexandre Gilis | 24 janvier 2006 at 13:00
Changer la RTBF? Inutile. Le conseil d'administration est largement dominé (au 3/4) par le PS, au grand dam des journalistes eux-mêmes (notamment André François qui a osé soulever ce lièvre face à Marie Arena). Quant à l'information, c'est pire encore.
D'ailleurs, faut-il une télé publique pour 4 millions d'habitants? En tant que cochon-payeur de la redevance, on est en droit de poser cette question.
Mais plutôt que les traiter de "bolchéviques" ce qui est tout de même largement exagéré, privilégiez les contacts et la pédagogie. "Patience et longueur de temps valent plus que force ni que rage" a écrit quelqu’un que j’ai presque connu.
Rédigé par: Alexis de Tocqueville | 24 janvier 2006 at 15:38
M. Gillis, je rebondis sur vos remarques quant à la RTBF. La qualifier de TV socialiste me semble oser. Après tout, les postes sont distribués et les couloirs de Reyers comptent également leur lot d'orange, de verts, de bleus et de roses.
Petit exercice : installez-vosu confortablement devant le journal parlé de RTL-TVI, puis sur le coup de 19h30 (donc vous manquez la fin de RTL, c'est normal, on appelle ça de la stratégie), zappez sur le RTBF. Eh, là, magie, la ligne éditoriale diffère à peine... LA RTBF se contentant d'un pathétique copier coller de la télé luxembourgeoise. Pourtant, qui ira prétendre que l'avenue Ariane est socialiste ?
Rédigé par: Super Wallon | 24 janvier 2006 at 17:29
Le forum de Bamako,comme à Cancun, Porte Allegre, souligne ceci : les exportations européennes sont subsidées (la P.A.C.), ainsi d'ailleur que l'agriculture américaine (exemple : les subsides américains pour les cultivateurs de coton).
Ces produits détruisent pratiquement les productions locales. (exemple : les poulets congelés européens, qui sont vendu à Douala (Cameroun), pour moitié prix du poulet local. Destabilisation grave de l'aviculture locale.)
J'observe aussi, dans le sens inverse, que pour un producteur extra-européen, il est fort difficile de vendre un produit chez nous. Pourquoi ? A cause des multiples normes "iso", normes U.E., c-à-d cette forêts inextricable de "normes" qui demande une équipe de spécialistes, rien que pour remplir un dossier. Comment un producteur de chocolat à Yaoudé pourrait'il vendre un produit chez nous ?
Et que dire aussi du prix des matières premières (café, thé, cacao, coton, bois exotique, étain, métaux) qui ne cessent de diminuer ?
Etre altermondialiste ne veut pas dire être antilibérale. Cela signifie être humaniste. José Bové était au Cameroun la semaine passée.
Sosfaim belgique dénonce depuis cinq année le scandale des poulets belges congelés, qui arrivent dans ce pays. Même combat. Même humanisme. Parfaitement compatible avec l'esprit d'un certain M.S.F. "enmerdeur", et qui fait superbien sont boulot de parlementaire.
...je m'arrête ...non sans dire encore : "Le Cauchemar de Darwin", vous avez vu ? Les crevettes du Bengladesh, qu'en pensez-vous ?
Rédigé par: Christian Willame | 24 janvier 2006 at 21:45
Super Wallon,
"LA RTBF se contentant d'un pathétique copier coller de la télé luxembourgeoise. Pourtant, qui ira prétendre que l'avenue Ariane est socialiste ?":
Que voulez-vous prouver par là? Que RTL est également inféodée au PS?
Si telle est votre intention, vous avez presque entièrement raison, l'allégeance de la télévision luxembourgeoise au pouvoir Di Rupiste n'étant que très marginalement inférieure à celle de la "RTPS".
Franchement, vous avez à nouveau perdu une occasion de vous taire...
Rédigé par: Deckard | 25 janvier 2006 at 01:12
M. Deckard (tiens un admirateur de science fiction ???). Vous m'avez mal compris, je faisais un raisonnement par l'absurde, car bien évidemment le personnel RTL-TVI n'est (dans sa grande majorité) pas de gauche, que du contraire. Donc, j'avoue ne pas vous suivre... Je vous invite donc à discuter politique avec l'un ou l'autre salarié de l'avenue Ariane. C'est instructif. Mais il est inutile de se donner ce mal, il suffit d'écouter leurs rares analyses, elles ne plaident pas spécialement pour la gauche.
RTL-TVI, de gauche ??? Je me gausse.
Rédigé par: Super Wallon | 25 janvier 2006 at 10:01