Economiquement incorrect
On conseille vivement la lecture de Economiquement incorrect, un petit livre de Eric Le Boucher qui reprend en une synthèse heureuse ses récentes chroniques parues dans Le Monde (Grasset, 175p., 11 euros).
Le chroniqueur économique du Monde énonce clairement les enjeux économiques et sociaux de ce début de siècle, notamment pour l'Europe. Il rappelle que "l'insertion dans la mondialisation est la première clé du développement" et dénonce l'archaïsme du débat politique français dans des termes qui pourraient parfois s'appliquer quasiment mot à mot à la Belgique et singulièrement à la Wallonie.
Réfutant des poncifs à la mode comme "le système anglais pousse au dumping social", il rappelle que "les délocalisations ne représentent que 5% des suppressions d'emploi et que les différences de coût en Europe ne peuvent pas être accusées d'être les responsables du chômage". Analysant les politiques d'aide à l'emploi, il en constate certains effets pervers : "dans une société moderne, les dispositifs publics provoquent des anticipations des agents dont le résultat est souvent d'inverser le résultat recherché". Au passage, l'auteur confirme implicement la pertinence de notre pacte des générations voulu par le gouvernement. "Le problème du financement des retraites impose plutôt de travailler plus que de travailler moins". Un discours qui est encore loin de faire l'unanimité chez les socialistes français, notamment avec les 35 heures.
Les libéraux partageront largement ces réflexions, mais elles ont sans doute plus de chances de"passer" sous la plume d'un journaliste du Monde. Les réflexions les plus novatrices d'Eric Le Boucher concernent l'Europe. Malgré le marché unique et les élargissements successifs, le commerce intra-européen est passé de 24 à 20% du commerce mondial. Alors qu'il ne fait l'objet d'aucune grande discussion constitutionnelle ou politique, le marché commun asiatique avance beaucoup plus vite que le nôtre. Constatant l'échec de l'Europe "à la française" et d'une Europe qui se décrivait comme sociale, il note, citant Jean Pisani Ferry, que dans la conception "anglaise", qui selon Le Boucher a gagné, "la concurrence entre Etats n'est pas vue comme une érosion de leur souveraineté mais comme un ordre naturel et une discipline salutaire qui force chacun à mieux mobiliser ses forces pour faire émerger des solutions les plus performantes". Des réflexions qui intéresseraient sans doute notre Premier ministre, Guy Verhofstadt, qui vient de publier en néerlandais un livre intitulé "Les Etats Unis d'Europe" sur lequel nous reviendrons.
On le voit "Economiquement incorrect" est aussi politiquement incorrect. A lire absolument.
Alain Destexhe
Cet ouvrage semble intéressant et je suis d'accord avec la majorité des analyses que vous rapportez. Néanmoins, je pense qu'il se trompe au niveau du problème des retraites.
La question n'est pas de savoir si il faut travailler plus ou moins, c'est le système entier de retraites par répartition qu'il faut remettre en question et lui substituer un système de retraite par capitalisation.
Ce système à l'énorme avantage d'entraîner une explosion de l'accumulation de capital (accumulation de capital -> hausses de productivité -> hausse des salaires).
La transition d'un système à l'autre peut, contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, s'effectuer sans heurts et sans victimes (voir notamment les analyses de Georges Lane).
Rédigé par: Molinari | 10 janvier 2006 at 12:27
La démocratie est-elle garante des libertés ?
Face à l’insécurité réelle ou supposée, face à des situations qui dépassent l’Etat (comme la délinquance des mineurs), face à la peur, les peuples d’Occident réclament des politiques sécuritaires.
Il est clair que nos sociétés font parfois preuve de laxisme, et c’est souvent la cause même de certains débordements. L’impunité provoque une bonne partie des délits qui s’accumulent dans la vie de gens marginalisés, et ces rivières d’incivilités et de délits se rejoignent dans des confluents de troubles sociaux pour former des fleuves de crimes. Nos tribunaux et nos prisons sont noyés.
Comme le peuple le demande, pourquoi le pouvoir politique se gênerait-il ? Vous voulez des politiques sécuritaires ! Les voilà !
Pour dédramatiser, parlons de sécurité routière. Mais pourquoi l’Etat s’arrêterait-il à ce sujet ?
En France, des policiers déguisés en banals motards sillonnent les rues avec un casque intégrant une caméra. Ils filment tout sans discernement, puis ils rentrent au commissariat pour visionner et verbaliser toutes les fautes enregistrées.
Dans d’autres pays, des systèmes informatiques reconnaissent les plaques des véhicules et calculent les trajets et leur durée.
Même dans des romans de science-fiction alarmistes, on aurait à peine pu y croire. Nous voici tous surveillés, soupçonnés, jugés ; au mépris de la vie privée !
Le pire, c’est que le peuple en redemande, et que les médias ne s’inquiètent pas.
On pourrait dire que ceux qui n’ont rien à se reprocher ne doivent rien craindre… Mais qui n’a rien à se reprocher ? Personne ! Et ces politiques pseudo-préventives coûtent cher à des gens qui n'ont fait de tort à personne, quand notre justice met des années à condamner les violences réelles.
Les lois, et je vais peut-être étonner, ne sont pas conçues pour être strictement respectées. Les lois constituent une norme qui fait référence en cas de conflit ou en cas de dommage. Leur rôle préventif ne doit pas être annihilé, j’en conviens, mais nous ne devons pas être transformés en robots obéissants.
Les lois sont un moyen de vivre en société, pas un but en soi, et encore moins un moyen de tous nous surveiller.
Le besoin sécuritaire des peuples, le goût qu’a l’Etat de s’insinuer dans notre vie, cela a déjà existé par vagues dans le passé. Quelle est la nouveauté ? La technologie. Nous voici pris au piège de la mémoire virtuelle, des caméras miniaturisées, des procédures informatisées.
Si les lois actuelles sont appliquées avec un zèle pathologique par un Etat riche en technologies dernier cri, notre vie sera un enfer !
Rédigé par: Frédéric Mascetti | 10 janvier 2006 at 17:15
Merci pour cette référence bibliographique, je vais me la procurer.
Point de vue "comment trouver du travail". Sur base de contacts privés, j'ai remarqué plusieur cas où des personnes statut chômeur, aurait vraiment aimer accepter tel ou tel emplois vacant, correspondant à leur profil, mais ...statut "indépendant". Ne pourrait'on pas octroyer aux indépendants (ayant un imposable par exemple inférieur à septante cinq mille Euros par an =brut) la possibilité de toujours bénéficier du forem/chômage? Cela permettrait à de nombreux travailleurs de s'engager dans un emploi (chauffeur, magazinier, commerce, aide-soigant...)
Cela rentre dans le cadre plus général d'une amélioration du statut "indépendant".
Rédigé par: Christian Willame | 11 janvier 2006 at 10:35
Cher Monsieur de Stexhe,
Moi qui revient du Nouveau Monde, je ne peux que souscrire, hélas devrais-je dire, à cette analyse.
Car les machines à vapeur chez nos amis américains semblent rouler à cent "miles" (ce qui correspond peu ou prou en Europe à cent quarante kilomètres heures). Ce pays-monde me semble, au contraire de la Vieille Europe, bien mieux préparé à la Globalisation qu'on nous promet depuis les Calendes.
Sa croissance économique y est double et ce, depuis plus de vingt ans. Quatre cent mille chercheurs européens y ont trouvé leur salut. On nous parle en France d'armées de galeux sous les ponts mais il y existe une puissante classe moyenne et le pourcentage de pauvres (calculé selon l'indice de "seuil de pauvreté" soit comme vous le savez par rapport au salaire médian) est inférieur à celui du sud des Provinces dites unies. Qui plus est, 65% des hommes d'une même génération ont un diplôme universitaire contre 35% pour mon pays la France. Un comble pour un enseignement fort coûteux aux Amériques.
A cet égard, il est évident que l'Europe n'est pas une. Alors que le modèle continental dont, hélas, la France fait partie, s'essouffle, seuls deux modèles ont, à mon humble avis quelque chance de survivre : les modèles anglo-saxons et scandinaves. En un mot comme en cent, les performances des Iles britanniques - l'Irlande miraculée aux quatre pourcents de croissance et la Perfide Albion - sont résolument hallucinantes. Les recettes en sont simples : diminution drastique des impôts et taxes de toutes sortes après que la voilure de l'Etat fut élaguée avec, ce résultat naturel, d'une croissance forte, le tout sans enfer social. Par quel miracle? Pardi! Imaginez que les Provinces-Unies soient une barque : alourdissez-là de pierres (que je compare aux taxes) pour la moitié de sa contenance et, ma foi, vous n'avancez plus.
Quant à nos amis scandinaves, ils ne survivent à leur enfer taxatoire qu'au prix de services publics d'une qualité irréprochable et soutenue par un civisme fonctionnarial que , hélas, nous ne trouvons pas sous nos contrées.
La moralité de tout ceci? Il n'y a pour nos amis wallons, qu'une recette : alléger le poids du secteur public et... se remettre au travail. Sur le cable ce matin, Monsieur Jean-Claude de van Cauwenberghe eut le mérite de nous le rappeler. Le commencement de la sagesse?
Rédigé par: Alexis de Tocqueville | 11 janvier 2006 at 16:28