Europe : "Noyau mou" ou "noyau dur"?
Co-existent en Europe, en gros, quatre modèles socio-économiques : les modèles anglo-saxon, scandinave, continental et méditerranéen. Selon une méthodologie établie par André Sapir, ancien conseiller de Romano Prodi, on peut les classer selon deux critères : l’efficacité et l’équité.
Ces deux critères, appliqués aux modèles, donnent le cadran suivant : le modèle anglo-saxon est efficace et relativement inéquitable, le modèle scandinave est relativement efficace et équitable, le modèle continental est relativement inefficace et relativement équitable et le modèle méditerranéen n’est ni efficace ni équitable.
Devant les élargissements successifs à 15 puis à 25 et devant l’unilatéralisme supposé de l’hyper-puissance américaine ; face, surtout, à la « traîtrise » des nouveaux Etats-membres dans le dossier irakien, certains (Jacques Chirac, Gerhardt Schröder...) ont laissé entendre que l’Europe devait se ressourcer autour d’un « noyau dur », composé, en gros, des membres fondateurs : France, Allemagne, Benelux, Italie.
Mais comment ce « noyau mou », dont les performances économiques sont parmi les plus faibles d’Europe, pourrait-il, conjuguant en somme les faiblesses de ses membres, faire illusion face aux Etats-Unis et aux Pays-mondes indien, chinois et brésilien ?
L'Europe continentale doit, au contraire, se nourrir des exemples de ses voisins européens performants, au premier chef desquels on trouve : l'Irlande, la Grande-Bretagne, l'Espagne et la Finlande.
Ne vaut-il pas mieux parler de système "égalitariste" plutôt qu'"équitable" ce qui correspond mieux à la réalité. Prétendre que les sociétés scandinaves sont plus équitables que les pays Anglo-saxons c'est déjà adopter les préjugés des socialistes...
Rédigé par: BW | 30 janvier 2006 at 10:51
Encore une fois, vous concluez avec le mythe de la compétition économique entre les pays. Pourquoi un échange serait-il bon entre des individus situés dans un même pays alors qu'il serait néfaste entre des individus séparés par une frontière?
Si on applique ce raisonnement, comme un échange est néfaste au niveau international, il l'est aussi à l'intérieur d'un pays, d'une région, d'une ville et d'un village. Un échange entre deux individus serait-il déstructeur? J'ai pourtant entendu quelque part qu'il était créateur de richesse.
Les causes du chômage ne sont pas à chercher dans le commerce international, elles ne peuvent se trouver qu'à l'intérieur même d'un pays, et donc de sa politique...
Si la Belgique doit se réformer, c'est pour le bien-être des individus situés sur son territoire, pas pour gagner une médaille à des fantasmatiques jeux olympiques de l'économie.
Rédigé par: Molinari | 30 janvier 2006 at 11:14
Cher Molinari,
Merci pour vos éclairages toujours pertinents. Il est clair que l'économie n'est pas un concours de miss. Et, qu'en fait, il n'y a pas de "modèle" mais plutôt des expériences réussies à l'étranger dont on pourrait se servir. Cet article entend plutôt si j'ai bien compris critiquer l'option d'un noyau dur européen pour "s'en sortir" alors que ce noyau est une somme de pays peu performants. Par ailleurs, le libéralisme anglo-saxon étant un épouvantail, peut-être que la pilule d'un libéralisme scandinave aurait plus de chance de passer. Il est clair en tout cas que si le PS se réformait, c'est la Suède qu'il tiendrait dans son compas et non pas la Grande-Bretagne.
Rédigé par: Alexis de Tocqueville | 30 janvier 2006 at 12:19
Durant de (trop) nombreuses années, la Suède a été le modèle d'État providence que tous les pays désiraient imiter. Les socialistes adoraient ce pays qui semblait pouvoir concilier croissance économique et égalitarisme social ; mais après avoir été balayé par la crise économique, ils ne mentionnent plus le "miracle" suédois. Mauricio Rojas, député du Parti libéral suédois explique que les sociaux-démocrates ne veulent plus entendre parler de cette expérience parce que les Suédois - après s'être rendus compte que ce système ne fonctionnait pas - l'ont réformé de manière drastique, dans un sens plus libéral :
http://www.timbro.se/bokhandel/pdf/9175665891.pdf
Par ailleurs, au mois d'octobre, un article du Guardian reprenait les opinions de divers politologues et hommes politiques influents, qui tous insistent sur le même paradoxe : alors que l'Allemagne et la France sont perçus comme les « piliers inébranlables » de l'immobilisme politique, de la stagnation sociale et de la crise institutionnelle européenne, les nouvelles élites est-européennes sont très optimistes et aspirent à suivre la route empruntée par la Grande-Bretagne, l'Irlande et l'Espagne.
Le quotidien londonien montrait comment la génération qui s'est formée lors des évènements de 1989 cherche des nouveaux modèles. C'est dans ce cadre qu'Alexander Smolar, politologue à Varsovie, commente : « Nous voyons paralysie et pétrification en France, en Allemagne et en Italie. Les nouveaux membres de l'Union européenne sont plus intéressés par l'ouverture, la libéralisation et la réforme ». Jan Rokita, chef du parti d'inspiration libérale polonais, Plateforme Civique, insiste également : « Nous devons choisir entre le modèle franco-allemand de stagnation sociale ou le modèle hispano-anglo-irlandais de libéralisation de l'économie et de la société ».
Mais le plus intéressant vient quand le Guardian suggèrait qu'une bonne partie de ces élites est-européennes devraient appuyer Tony Blair dans son projet pour réformer le fonctionnement de l'Union européenne, en essayant de lui insuffler un dynamisme plus ou moins libéral. Nous savions déjà que le New Labour présentait, par de nombreux aspects, un visage souvent bien plus libéral que nombre de partis « libéraux » continentaux. Nous voyons maintenant comment une certaine presse britannique « de gauche » se montre bien plus libérale que l'écrasante majorité de la presse continentale.
http://www.guardian.co.uk/eu/story/0,7369,1593690,00.html
Rédigé par: Lucilio | 30 janvier 2006 at 12:36
Equitable, notre sécu ? Vous êtes bien certain que c'est de la Belgique que vous parlez ?
Rédigé par: HP | 30 janvier 2006 at 14:00
J'entends à la perfection la prose de Lucilio. Dans les classements de prospérité de l'OCDE, Suède, Norvège et Danemark n'ont cessé de dégringoler ces 15 dernières années. Le modèle scandinave est un mythe soigneusement entretenu par une certaine gauche pour nous faire croire que l'Etatisme et les hauts taux d'imposition, cela marche. Une nuance toutefois, sur le site Bruegel de Sapir, on explique que les services publics nordiques étant de meilleure qualité qu'ici, les Scandinaves acceptent plus facilement de payer. Ajoutons que le sens civique est si développé là-bas que il n'est pas rare que des fonctionnaires fassent des heures supplémentaires. Ce n'est pas seulement la quantité d'impôt que la qualité qui est en jeu. Je précise que ce n'est pas moi qui le dis (avant de me faire décapiter).
Rédigé par: Alexis de Tocqueville | 30 janvier 2006 at 14:01
Cher intervenant Molinari, il est peut-être simple de dire : "Pourquoi un échange serait-il bon entre des individus situés dans un même pays alors qu'il serait néfaste entre des individus séparés par une frontière?". Revenons SVP à une réalité historique : il y a de fait des échanges intra-communautaires puissants (ce qui a servi, souvenez-vous, à justifier l'opportunité Euro). Mais peut-être tendez-vous à minimiser ici l'importance des DISPARITES entre les structures des Etats-Membres, d'où nous viennent ces "chocs continuels" dans les transactions d'ajustement U.E., à chaque étape vécue actuellement ?
La question-clé à laquelle nul de nous ne semble répondre correctement reste : "Quelle tactique de mise en oeuvre des projets faut-il adopter, dans un monde qui change si vite, avec des inerties et des lenteurs avérées à N niveaux de nos systèmes"?
Des DISPARITES existent : oui, profondes (lisez la suite). La preuve éclatante se voit dans l'expression des peuples lors de référendums - consultations ... lorsqu'on veut bien les y convier ... car il est plus facile de prétexter un non-besoin de votes (l'attitude de G. Verhofstad vendant son concept des "Etats-Unis d'Europe" face à un Parlement belge qu'il sait obligé de dire "Oui", quoiqu'il advienne ensuite) plutôt que d'entendre clamer les voix dérangeantes d'un bon sens populaire)!
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En tant que praticien "manager d'entreprise & économiste", qui suit depuis 15-20 années les "modes de pensée" et "les mécanismes d'élaboration" d'expertise & décisions au sein des institutions de l'UE (et d'entre elles vers les Etats-Membres), je suis à-même d'exprimer une opinion circonstanciée sur ces thèses en présence. Ainsi j'apprécie le propos d'Alain Destexhe « noyau mou » en parlant des défauts inhérents à nos actes & réalités continentales : nos "vieilles" économies, largement matures, ont peine à se réformer et à soutenir une balance équilibrées d'Exportations lointaines/Importations qui serait vraiment génératrice de richesses (donc notamment engendrerait ces retombées "sociales" tant espérées). La première entrave profonde en est : nos MENTALITES. Ainsi:
1) je dois saluer la pertinence et le courage du professeur André Sapir (des membres du Think-tank Breughel) qui osent formuler des AVIS fondés, "avec le respect qui s'impose". Ils risquent encore de ne pas être écoutés par la gent politicienne ou par les eurocrates à la juste mesure de la pertinence du contenu, trop dérangeant, noyés que sont ces braves responsables sous des milliers de Rapports aux intérêts contradictoires!
2) depuis des décennies, les diverses instances de l'U.E. (qui se flattent de l'originalité de leur orientation "social(ist)e") créent certaines "rigidités ajoutées" (plutôt que d'agir efficacement sur la manière de créer notre nouvelle Valeur Ajoutée). Déjà sous Mrs Delors, Santer, puis Prodi, ces instances agirent essentiellement sous la pression des groupes PPE (leur aile gauche = DC) et PSE et des "Verts divers"(leurs ligues - circonstancielles - qui pèsent ainsi plus des 2/3 de pouvoirs de votes au P.E.).
3) entre le PPE et le PSE, la concurrence régnant toujours pour leur "propre hégémonie", nul d'entre eux n'a intégré dans les dossiers et leurs décisions la somme des dilemmes et des DEFIS ouverts par ces élargissement successifs. Chez chacun d'eux, le dogme prévaut sur les réalités du contexte. La pensée unique (uniformisante) devait et doit toujours prédominer, comme dans la conquête d'une part de marché monopolistique!
4) Chaque fois où un groupe un tantinet visionnaire revendiquait la nécessité d'un "APPROFONDISSEMENT" préalable ou concomitant à l'élargissement, ce groupe de voix se trouvait étouffé sous les tenants de "l'européanisation accélérée". Même certains y ont souscrit au sein de l'UNICE (français? allemands?) et parmi nos "partis libéraux"! Aucun de nos futés politiques n'a voulu écouter en ce sens ce que nos "pères fondateurs" (les Monnet, Schumann, et peut-être de Gasperi) avaient pu affirmer avant de s'éteindre : "à refaire nous eussions dû commencer par agir sur la 'dimension culturelle' entre nos Etats-Membres, car ils risquent un douloureux écartèlement avec le temps et les nécessaires forces d'intégration dans U.E."! Eux (les "vieux sages") avaient bien perçu les risques associés à leur idée fondatrice.
5) Les utopies en période "post-chute du mur" ont prévalu sur le réalisme désiré par certains E-M (UK, ES, IT). Ces derniers avaient (ont) intégré dans leur gouvernance publique et leurs relations internationales la voie de ce réalisme (en partie de la real-politik). Les autres (FR, DE, BE, ...) continentaux sont restés marqués par des intello-utopies et la compétition pour l'hégémonie que j'exprime sous (3).
6) divers personnages éminents se sont exprimé déjà sur les forces/faiblesses des scénarios "noyau dur". Idem sur la nécessité d'approfondir radicalement. Ne comptons guère sur une aptitude endogène de la Commission à réaliser ses nécessaires réformes (même avec un Mr Barroso, trop entravé). La CO-décision attribuée à un Parlement européen (qui reste dominé par les PPE-PSE) ne conduira qu'à embrouiller et à ralentir notre futur. La force exogène ne viendra impérativement que des chocs-CRISES (salutaires), ainsi de l'état d'urgence enfin révélé au grand public qui en espère pourtant une fin heureuse! En finale doit être une large "SUBSIDIARITE" laissée aux mains de chaque Etat-Membre afin de traiter (avec priorités ad-hoc) les défis de court terme qui restent les siens. A ceci s'ajoute une utile force intégrative, mais d'effets différés (long terme) que peut encore nous apporter une Union Européenne au sein de laquelle pourrons agir un peu plus de pragmatiques (UK, nouveaux adhérents?). Peut-être moins d'opportunistes (FR)? Certainement moins d'intello-utopistes et/ou de dogmatiques (essaimés partout).
Que nos chères "forces" syndicales liguées au sein de la CES s'en convainquent enfin : "Il n'y aura de richesse sociale qu'avec et par une économie saine" (propos d'un autre sage). Donc, aidez-nous à construire au lieu d'entraver continuellement ! Voulez-vous en le dernier signe concret? Dans l'affaire d'acier "Mittal contre Arcelor" : au lieu d'avoir fait perdre et entravé nos capacités productives durant 30 années (1975-2005), vous eussiez mieux fait de placer vos adhérents-basiques à "produire à coûts compétitifs et de qualité européenne" afin de pouvoir exporter mieux et loin! C'est ce que semble dire les micros-trottoirs actuels. Ayez donc, CSE, PPE, PSE, Ecolos-environnementalistes, la modestie d'en tirer certaines leçons!
Qui que vous soyez : "Il n'y a que les sots qui ne changent pas d'avis", dit un vieux dicton de chez nous ...
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Rédigé par: E.G. Simon | 30 janvier 2006 at 16:07
"[...] ont peine à se réformer et à soutenir une balance équilibrée d'Exportations lointaines/Importations qui serait vraiment génératrice de richesses (donc notamment engendrerait ces retombées "sociales" tant espérées) La première entrave profonde en est : nos MENTALITES."
Comme par exemple la mentalité qui vous prescrit qu'il faut une balance commerciale équilibrée.
:-)
A part la subjectivité lexicale qui ferait penser que "si c'est équilibré, c'est sans doute bon", quels autres arguments en faveur de cet équilibre? (et je ne parle même pas encore des moyens ou de la possibilité de la modifier).
Cordialement,
Rédigé par: Antoninov | 31 janvier 2006 at 01:36
Hélas... il est vraiment navrant de constater que les "mentalités" soient encore polluées par ce mythe qui voudrait que le commerce entre nations doit être "équilibré". Cela deux cents ans après la naissance du penseur, politicien et industriel Richard Codben.
Suivant le conseil de Washington qui déclara que "notre grande règle de conduite dans les relations avec les nations étrangères est que pour étendre les relations commerciales nous devons maintenir avec elles le moins de contacts possibles", Cobden força le gouvernement britannique à abolir les lois sur le maïs en 1846, ce qui marqua la fin de la faim et le début du commerce libre UNILATÉRAL. Libre commerce entre le Royaume Uni et la France en 1860, qui s'étendit au reste de l'Europe et apporta l'industrialisation à tout le continent.
Quand les "mentalités" comprendront que les gouvernements n'ont aucune raison de négocier des accord commerciaux alors que ce sont les citoyens, et non eux qui commercent ?
Rédigé par: Lucilio | 31 janvier 2006 at 08:37