Darfour - manifestation dimanche 21 janvier
Réponse de Nicolas Sarkozy à l'appel Darfour de Bruxelles.
Le Darfour … Il y a trois ans, bien peu parmi nous aurait pu situer ces provinces de l’ouest du Soudan, à la frontière du Tchad. L’horreur quotidienne qui s’y est installée depuis l’a rendu tristement familier. Depuis 2003, cet « enfer sur Terre », comme l’avait baptisé Kofi ANNAN, a emporté la vie de près de 300 000 civils innocents, et forcé plus de 2 millions d’entre eux (un habitant sur trois) à tout abandonner, à fuir leur village pour échapper à l’horreur et à chercher refuges dans des camps, au Darfour ou au Tchad voisin.
Après plusieurs mois d’hésitation, la communauté internationale a enfin compris qu’il était indispensable de se mobiliser sur la crise du Darfour : l’histoire ne nous pardonnerait pas d’avoir laissé commettre sans réagir le premier crime contre l’humanité du XXIème siècle.
Par leur travail et leur détermination, les organisations non gouvernementales ont joué un rôle décisif dans cette prise de conscience. Plus de 14 000 travailleurs humanitaires sont aujourd’hui présents au Darfour, dans des conditions très difficiles : je tiens à leur rendre hommage. Les responsables politiques aussi se sont mobilisés : en France, Michel BARNIER est allé au Darfour dès l’été 2004. Philippe DOUSTE-BLAZY s’y est depuis rendu à plusieurs reprises.
Face aux violations des droits de l’homme commises au Darfour, face aux crimes de guerre et aux crimes contre l’humanité qui s’y sont déroulés, nous avons toujours dit notre refus de l’impunité. La Cour Pénale Internationale a été saisi de la situation au Darfour par la résolution 1593. Ils font actuellement l’objet d’enquêtes du procureur de la CPI.
Les avancées significatives des dernières semaines nous redonnent l’espoir que la tragédie du Darfour pourrait enfin se terminer. Dans sa lettre adressée le 23 décembre dernier au Secrétaire général des Nations unies, le Président BACHIR a fini par accepter ce qu’il avait jusqu’alors toujours refusé : que les Nations unies apportent leur soutien à la force de l’Union africaine déjà déployée sur place. C’est un progrès majeur car jusqu’à présent, et malgré un engagement et un dévouement irréprochable, les Casques blancs de l’Union africaine n’avaient pas réussi à endiguer durablement le cycle de la violence, faute de moyens suffisants.
Cette avancée est aussi la preuve que les pressions exercées ont porté leurs fruits. La communauté internationale doit continuer de se montrer exigeante avec le gouvernement soudanais et lui demander de s’engager plus résolument encore sur le chemin de la paix. Khartoum doit notamment apporter un certain nombre de garanties, et cesser définitivement de soutenir les milices janjawids qui continuent de terroriser et de massacrer les populations civiles. Nous devons aussi convaincre les autorités soudanaises d’accepter un soutien encore plus massif de la communauté internationale aux forces de l’Union africaine, dans l’esprit de ce qui avait été décidé par le Conseil de sécurité des Nations unies dans sa résolution 1706 adoptée le 31 août dernier.
Le déploiement d’une force internationale de protection répond à l’urgence humanitaire. Il ne peut évidemment pas être la solution durable. La crise au Darfour ne peut avoir de solution que politique. La communauté internationale doit peser de tout son poids pour que le gouvernement et les mouvements rebelles s’engagent enfin dans une négociation sincère et globale, seule capable de permettre une stabilisation durable de la région. Les engagements qui ont été pris ou qui seront pris doivent être tenus. La population ne peut pas être l’otage et la victime de stratégies de conquête ou de conservation du pouvoir.
Aujourd’hui plus que jamais, c’est toujours l’urgence qui caractérise la situation au Darfour. Une action déterminée de la communauté internationale représente le seul espoir pour les millions d’hommes, de femmes et d’enfants qui souffrent quotidiennement au Darfour et, pour certains, trop nombreux, y meurent. Notre devoir aujourd’hui, c’est de répondre à cet espoir.
J'ai déposé une proposition de résolution sur le conflit au Darfour.