07 décembre 2007

PISA : du bon usage de l'information

Présentation mardi du rapport PISA de l'OCDE. Deux conférences de presse sont prévues. La première, en anglais, organisée par l'OCDE en présence d'Arena et de Vandenbroucke; la seconde, en français, dans la foulée par Marie Arena avec l'experte liégeoise qui a coordonné la phase belgo-francophone, mais sans l'OCDE. Il y a peu de journalistes francophones à la première (aucune télé et radio), grande foule à la seconde.

Problème : le contenu des deux conférences de presse est différent. L'OCDE nous dit que ce qui marche, c'est la publication des résultats des épreuves standardisées, l'autonomie des écoles, notamment l'engagement des professeurs, la concurrence entre les écoles. Horreur, stupeur et tremblements discrets de la ministre qui fait semblant de ne pas comprendre et vante la soi-disant autonomie pédagogique de nos enseignants !

Dans sa conférence de presse - sans représentants de l'OCDE - elle relativise les chiffres calamiteux : "on a seulement un problème avec les 25% les plus faibles. Nos bons élèves sont dans la moyenne". Elle oublie seulement de préciser qu'il y a au moins 20% de bons élèves en plus en Flandre. L'experte vient confirmer le discours de la ministre et contredit ce qui figure noir sur blanc dans le rapport. Contre l'évidence, elle affirme que nos élèves ne sont pas si mauvais que ça. "ils ont reçu une éducation scientifique citoyenne" (sic). "Ils savent identifier qu'une question relève de la science" (bravo, ils ne confondent pas science et gym!). Un peu d'idéologie : "les resultats résultent de structures éducatives qui organisent la sélection au détriment de l'acquisition de compétences de base par tous" ... Les profs apprécieront. Et d'ailleurs "cette enquête, c'est un thermomètre comme un autre" et "tout n'est pas négatif" (il n'est donc pas certain que le malade soit gravement atteint).

Bref, l'ambiance est consensuelle, la ministre est ravie, son contrat pour l'école va nous sauver, les journalistes posent peu de questions et aucune, sauf une, ne titille un tant soit peu le discours officiel.

A méditer

PS: Conférence de presse au MR avec Françoise Bertieaux: dossier de presse et annexe.

04 décembre 2007

Lecture-compréhension : la communauté française, dernière de l'Union européenne

Moyentorrepisa Ce matin ont été publiés de nouveaux résultats catastrophiques en sciences, lecture et mathématiques. L'enquête PISA 2006 ne montre, en effet, aucune amélioration par rapport à 2000 et 2003. Une autre enquête internationale (2006) de lecture et de compréhension PIRLS (Progress in International Reading and Literacy Study)  portant sur des enfants de 4ème année primaire de 40 pays vient d'être publiée en anglais (le 28 novembre), mais elle est, hélas, passée totalement inaperçue. 

Les résultats sont catastrophiques pour l'enseignement francophone. Notre communauté est tout simplement dernière de la classe européenne ! (voir la page 69 en lien) Si l'on prend la "valeur médiane internationale" (c'est-à-dire que la moitié des pays testés sont au dessus et la moitié en dessous), on voit que 7% des élèves atteignent le niveau avancé, 41% le haut niveau et 76% l'intermédiaire. En communauté française ces valeurs sont de 3, 23 et 66%. Un écart de plus de 20 points avec la Flandre qui est à 7, 49 et 90%. Singapour, le meilleur est à 19, 58 et 86%. 23% des élèves sont "bons (high)" chez nous, 49% en Flandre et 58% à Singapour (35% de plus!). Qui est le mieux placé dans le monde de demain ?

Notre pays n'avait pas participé à la première enquête de 2001. La seule bonne nouvelle pour nous est qu'entre les deux tests, 8 pays ont fortement progressé ... ce qui montre que c'est possible. Encore faut-il apporter les bonnes réponses. Je rappelle quelques unes des propositions que nous avons avancées dans notre livre "L'école de l'échec : comment la réformer ?

1. Une culture constante de l'amélioration qui passe par l'évaluation systématique des connaissances et des compétences acquises; 2. Une autonomie des établissements, avec notamment la responsabilité de l'engagement du personnel et la gestion des moyens de fonctionnement; 3. Un stop administratif et une autonomie pédagogique totale des enseignants, les résultats des élèves étant évalués par des épreuves externes ce qui est un incitant suffisant pour amener les enseignants à améliorer les pratiques.

Chez nous, c'est toute une approche pseudo-égalitariste mais qui débouche sur des inégalités extrêmes qu'il faut repenser. Il ne faut pas craindre la comparaison, l'évaluation et l'expérimentation (plutôt que la circulaire pour tous). Il ne faut pas craindre de laisser les professeurs et les établissements s'organiser eux-mêmes pour améliorer les résultats en comptant sur l'évaluation externe des résultats. Ainsi, au Canada par exemple, la province de l'Ontario  qui améliore régulièrement ses résultats ne craint pas la comparaison publique et le débat autour de ce qui marche.

Avec de tels résultats, faut-il s'étonner que certains parents acceptent de faire 2 jours de file pour inscrire leurs enfants dans une "bonne école" ? Faute d'indicateurs mesurables, faute de culture de l'évaluation, au nom d'un égalitarisme bidon qui est un terrible déni de démocratie pour les plus démunis, la longueur de la file devient le seul critère d'appréciation des parents dans un système globalement médiocre et indigne.

 

29 novembre 2007

Arena-pagaille

Une chose est certaine. Madame Arena a encore quelques milliers de sympathisants en moins. Dans certaines écoles, ce n'est plus la peine d'essayer de vous y rendre. 24 heures avant l'ouverture officielle des inscriptions, les files sont plus longues que les places disponibles ! Voilà ce que donne l'égalitarisme à la sauce Arena dans quelques écoles de Bruxelles. A Saint André, il y avait mardi 135 prioritaires inscrits pour 170 places, il en restait 35 !  A Saint Hubert 110 sur 160. A Jean Absil 130 sur 200. A Robert Catteau 100 sur 150.

Pour rappel, la ministre voulait initialement que les chances de s'inscrire soient identiques pour tous...

21 novembre 2007

Les recours scolaires explosent

Les parents d'élèves ont le droit de déposer des recours contre les décisions des conseils de classe. Symptôme supplémentaire du malaise de l'école et de la judiciarisation de notre société, ils augmentent sans cesse : + 15% l'année dernière. En moins de 10 ans, ils ont quadruplé dans l'enseignement libre passant de 126 à 463 entre 1997 et 2006.

PS. Deux livres dont on vous a parlé récemment sur ce blog ont reçu des Prix littéraires :  Daniel Pennac a eu le Renaudot et Jean Hatzfeld le Médicis.

16 octobre 2007

Daniel Pennac et l'école

Auteur_138 Et quelle était votre méthode, pour que ça réussisse ?
"On commence par une petite dictée, tous les matins. On n'en fait pas un drame, on la corrige lentement, ensemble. Tu ne sais pas ce qu'est un adjectif démonstratif ? Je vais te l'expliquer. Tu l'auras oublié demain ? Je te l'expliquerai de nouveau. Et puis on va plonger dans la langue: apprendre des textes par coeur. Des longs et des courts, comme cette phrase de Woody Allen: "Le loup et l'agneau partageront la même couche mais l'agneau ne dormira pas beaucoup." On va l'apprivoiser, la langue, cet animal revêche qui te fait si peur. On va la dompter. Et, de textes simples en "grands" textes, voilà qu'un jour, celui qui n'a jamais rien su réciter se met à jouir de ses facultés mnémoniques. Celui qui a toujours eu zéro en dictée obtient de vraies notes. Le cancre brise sa coquille. Il sort la tête ! Libéré de la fatalité du zéro ! Peu à peu il maîtrise la langue. Elle l'emplit, l'oxygène, le nettoie. Il est comme libéré d'un charme. Il s'installe dans l'estime de soi. La joie de cette éclosion ! La tête qu'il fait ! Un émerveillement absolu".

Daniel Pennac, enseignant et écrivain, au Journal du Dimanche à propos de son nouveau livre "Chagrin d'école".

24 septembre 2007

Ecole : comment en est-on arrivé là ?

Extrait d'une réaction sur le blog de "Questions à la Une"

"Je suis élèves du collège la fraternité et je suis assez choquer de votre reportage tout d'abord car vous comparez l'enseignement générale avec l'enseignement professionnel.
Ensuite, je tien a dire que même si mon école n'est pas la mieux réputé au niveau de la fréquentation il n'en reste pas moi vrai qu'elle est l'une des meilleurs dans le domaine de l'animation.

Je suis élèves de 6 Technique de Qualification E et l'année passé vous avez fait se reportage dans ma classe 5TQ et nous vous avons accueillis comme il se doit et sans nous douté que vous alliez donné une si mauvaise image de mon école et franchement je suis vraiment déçu.

Vous pouvez pensé ce que vous voulez de cette école mais nous y apprenons se que nous avons besoin d'apprendre dans la section que NOUS avons choisis.

Ah oui, une dernière choses au lieu de montré uniquement les beaux coins qui environne le college Saint-pierre, tourner un peu la caméra et regarder si ce qu'il y a en face de l'école est toujours aussi beau a voir. Pcq des drogués et des délinquants c'est pas se que vous avez montré..."

Suite à ce texte, je vous invite à lire le commentaire de Benjamin posté ce matin à 2H20 et à continuer le débat.

19 septembre 2007

Questions à la Une sur l'école (RTBF)

Très bien le "Questions à la Une" de ce soir. ENFIN une émission grand public qui aborde le thème de la catastrophe scolaire dont les lecteurs de ce blog sont familiers. Notre système d'enseignement consiste, de fait, en une formidable et inacceptable inégalité des chances. Le problème est que toute proposition pour la corriger va toujours dans le sens d'une diminution de la qualité et de la performance. Comme le dit très bien ce prof de français de Saint Pierre à Jette : pourquoi les bonnes écoles devraient elles faire les frais de l'inégalité du système ? Or, s'il y a encore de bonnes écoles et de bons profs, c'est presque malgré les initiatives politiques qui, au nom de l'égalitarisme, ont entraîné de désastreuses performances MOYENNES (un aspect trop peu souligné dans l'émission). Car c'est bien le résultat des principales réformes des 30 dernières années depuis le rénové jusqu'à l'incroyable décret Onkelinx sur les "socles de compétences" (abstraites - invérifiables) qui ont remplacé  les connaissances et le savoir concret (voir la pauvreté des textes proposés en 2ème secondaire).  Sans parler de la suppression des devoirs chère à monsieur Nollet. Et les bons résultats de quelques uns sont dus à l'ESPRIT de RESISTANCE de ceux qui, par exemple, enseignent encore l'orthographe dans le secondaire ou les dates en histoire.

Analyser ce qui marche ailleurs ne fait pas partie de notre culture politique: Ni ministre, ni délégation parlementaire ne sont allées étudier le système finlandais. D'ailleurs, il suffit de faire quelques kilomètres : selon l'enquête internationale PISA, les petits flamands sont les meilleurs du monde en maths,... avant les Finlandais.

06 septembre 2007

Arena, Aywaille, RTL-TVI et l'amiante

Madame Arena feint d'ignorer le problème de l'amiante à l'Athénée d'Aywaille et porte plainte contre RTL-TVi. Pourtant dès le 9 mars 2006, je lui posais la question suivante "La présence d'amiante à été signalée à l'Athénée d'Aywaille sans aucune réaction à ce jour. Les bâtiments seraient dans un état de délabrement tel que l'amiante est à l'air libre dans des locaux fréquentés par des élèves. Avez-vous connaissance de ce grave problème de santé publique à Aywaille ?".

S'il s'avère qu'il y a toujours un problème d'amiante à Aywaille, 16 mois après cette question et sa réponse rassurante,  la ministre devra s'en expliquer puisqu'elle assurait déjà que "la situation est sous contrôle".

23 mai 2007

Tristes résultats scolaires

Dans tous les journaux aujourd'hui, les tristes résultats scolaires des petits francophones. Consolation : on dispose au moins d'un instrument de mesure partiel des performances à l'échelle de la communauté française (nous l'avions proposé dès avril 2004 dans notre livre L'école de l'échec : comment la réformer ?". Mais, hélas, on ne voit dans le contrat pour l'école de Madame Arena aucune mesure susceptible de corriger cette situation. Comme l' a montré le professeur Deschamps de Namur le refinancement, pourtant chèrement payé face à la Flandre, a été largement gâché. Ce qui m'a frappé, c'est que cette manne d'argent n'a pas du tout été mise en relation avec une discussion sur l'amélioration de la qualité de l'enseignement. Dans le livre, nous avions proposé des mesures très concrètes et peu coûteuses (autonomie beaucoup plus grande des professeurs et des écoles doublée d'une évaluation externe).  Sans doute trop bon marché...

05 mai 2007

Sciences-Po, Sarko, Ségo

En France, comme à Bruxelles, en Wallonie et en Belgique, l'enjeu principal des élections c'est l'économie (et donc le chômage).

Nicolas Bavarez, l'auteur de "La France qui tombe" le  livre qui m'a amené à regarder de plus près les chiffres de l'économie wallonne, compare très bien dans Le point le programme des deux candidats.

Bon, cher lecteur, j'ai au moins un point commun avec Sarko et Ségo. Je suis comme eux passé par l'Institut d'Etudes Politiques de Paris. En deux ans avec Médecins Sans Frontières en Afrique et en Amérique latine, j'avais découvert ma passion pour la politique internationale. Test préparatoire à l'examen d'entrée à Sciences-Po. Je reçois la correction ... pleine de rouge; ma copie était truffée de fautes d'orthographe. J'étais plutôt passé par de "bonnes écoles" (Athénée de Liège 1) mais au cours des 3 dernières années d'humanités et de 7 ans de médecine, personne ne m'avait fait remaquer que j'avais une orthographe déplorable! J'ai du réapprendre quelques règles pour réussir à entrer dans cette célèbre école. Quand je vois les fautes dans les lettres de jeunes, je ne comprends toujours pas comment on peut passer 12 ans à l'école et avoir de telles lacunes (ce qui m'a amené à co-écrire "L'école de l'échec : comment la réformer?"

Prochain post dimanche  vers 19-20 heures pour les résultats 

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