C'est désormais officiel : Michelle Martin est libre.
Une partie de la presse s'est faite, ces derniers jours, l'avocate de notre système pénal, rappelant, la main sur le coeur, que la loi est la même pour tous et que l'Etat de droit sortirait grandi d'une libération anticipée (j'insiste sur ce qualificatif) de Michèle Martin.
"Confusion des genres" déplorait "La Libre Belgique". "La Belgique, terre de victimo-populisme ?" (sic) ose s'interroger "Le Soir". Même "Le Nouvel Observateur" français y va de son petit commentaire moralisateur en proclamant que "l'émotion ne doit pas prendre le pas sur la justice" (avec un petit "j", quand même...). Enfin, plusieurs acteurs de terrain se sont émus que l'on puisse envisager des peines incompressibles, décrétant même qu'il s'agissait là d' "un faux débat".
Face à ce discours moralisateur a priori plein de bon sens, je voudrais ici, de façon très succincte, faire entendre un autre son de cloche.
Il n'est nullement question ni de "lynchage" ("La Libre"), ni de "victimo-populisme" ("Le Soir"), encore moins d'envisager des "lois d'exception" (RTBF).
"Dura Lex, sed Lex" ("La loi est dure, mais c'est la loi") dit l'adage. Certes. Encore faut-il pouvoir évaluer objectivement et avec détachement certaines législations. Et se demander si, parfois, il ne serait pas plus opportun de les modifier, de les améliorer. Par exemple en prenant en compte toute la symbolique qui accompagne la sanction pénale.
La peine de prison est prononcée, non au nom des victimes, mais bien de la société, que le juge pénal est chargé de protéger en condamnant l'auteur d'une infraction au terme d'un procès équitable. La peine a deux objectifs : envoyer un message à la société ("celui qui viole la loi est puni") et à l'auteur ("si vous persistez dans votre comportement criminel, vous retournerez en prison").
Je ne pense pas que ce soit la libération de Michelle Martin en elle-même qui choque les parents des victimes. Condamnée à 30 ans de prison, ils devaient s'attendre à ce qu'elle finisse par sortir de prison.
Ce qui semble les choquer, c'est le fait qu'un juge ait pu estimer que, malgré la gravité des faits qui lui sont reprochés, Michelle Martin, condamnée à 30 ans de réclusion criminelle par la Cour d'Assises du Luxembourg, pouvait sortir libre après 16 ans passés derrière les barreaux.
Lorsque le jury a condamné Michelle Martin, il ne l'a pas condamnée à 10 ans de prison. Ni à 15. Ni à 16. Ni à 40 d'ailleurs (une telle peine n'existe d'ailleurs pas dans notre arsenal pénal). Il l'a condamnée à 30 ans de prison fermes.
Vu la gravité des faits reprochés, il eut semblé logique que Michelle Martin purge sa peine jusqu'au bout. Ne serait-ce qu'au nom de la symbolique précitée.
On nous parle de "réinsertion". Et il est certain que le second objectif de la peine est d'éviter la récidive. Mais pourquoi celle-ci ne pourrait-elle pas intervenir après que l'auteur ait purgé sa peine dans son intégralité ? C'est une question que l'on peut légitimement se poser. Il serait tout à fait légitime de prévoir, pour certains crimes et délits particulièrement graves, des peines incompressibles. C'est d'ailleurs le cas dans d'autres pays européens, par exemple en France.
Il était plus que probable que la Cour de cassation rende un arrêt favorable à la libération de Michèle Martin. Elle s'est bornée, ce qui est son rôle, à analyser la légalité de la décision du Tribunal d'Application des Peines.
Il est sain que la Justice ne se substitue pas aux politiques, en vertu du principe de séparation des pouvoirs. Mais il est indispensable que ces derniers prennent leur responsabilité et débattent sereinement du fonctionnement de leur Justice pénale, comme en appelle d'ailleurs la Ministre de la Justice. Car, si la loi est la loi, "de mauvaises lois sont la pire sorte de tyrannie" (Edmund Burke)
Ces derniers jours les commentaires suivent le mouvement du balancier: il va des positions de vengeance pure et de haine à celles de réflexions philosophiques déconnectées de toute réalité et de toute émotion humaine. Je ne soutiens ni les haineux et encore moins les donneurs de leçon déshumanisés. Je cherche la position du milieu qui est la sagesse et l équilibre...... Et c est ce que je viens de trouver dans votre texte......et voilà une base de travail cohérente....merci pour vos paroles sensées.
Rédigé par : nic Peeters | 31 août 2012 à 07:08