La proposition de résolution de M. Defossé relative au respect de la liberté de la presse en Turquie a finalement été repoussée en commission des Relations internationales du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles.
Cette séance aura été marquée par une extraordinaire démonstration d'usage de la langue de bois !
Les raisons de dénoncer la situation actuelle en Turquie sont nombreuses. D'abord, parce qu'il s'agit d'un Etat candidat à l'adhésion à l'Union européenne. Ensuite, parce que ce pays est généralement cité comme un 'modèle' pour les nouveaux régimes issus du Printemps arabe. On pourrait également invoquer le fait que ce pays est membre du Conseil de l'Europe et partie à la Convention européenne des droits de l'Homme. Enfin, parce que la détérioration de la liberté de la presse dans ce pays traduit la dérive autoritaire de l'AKP. Celle-ci s'exprime par la vassalisation des institutions judiciaires mais aussi, et surtout, par la prise de contrôle progressive de l'ensemble des médias par un conglomérat privé proche du pouvoir.
D'après le rapport 2011 de l'organisation Reporters sans Frontières, la Turquie se classe au 148ème rang de son classement qui en compte 179. A titre de comparaison, Ankara ne se situe que deux places devant...l'Afghanistan.
La situation préoccupante dans ce pays méritait une décision forte de la part du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. En effet, l'aide à la presse relève de la compétence de cette entité, qui dispose également de ses propres relations internationales.
L'explication du veto du PS et du CDH est interpellante. Elle dénote la prise en otage de notre politique internationale par une communauté, en l'occurrence une partie de nos compatriotes d'origine turque. Celle-ci compte des élus proches de l'AKP au sein des partis du PS et du CDH. La proximité des élections communales explique également cette position. Une situation extrêmement préoccupante pour notre démocratie, qui vient s'ajouter aux positions dangereuses et ambiguës adoptées par le PS et le CDH en matière de neutralité.
On a encore raté une belle occasion de montrer un peu de fermeté. La résolution de Defossé est tout à fait justifiée. Sans doute l'olivier considère t-il que la vraie liberté de la presse c'est l'intervention de Mme Ozdemir sur une chaîne de TV turque. Même Ataturk doit se sentir perturbé dans son sommeil éternel.
Rédigé par : Bernard Pauwels | 14 juillet 2012 à 14:19
Monsieur Destexhe, même si je ne suis pas d'accord avec les politiques menées généralement par le MR, je dois, dans le cas présent, reconnaître que vous avez entièrement raison... Peut-être me permettez-vous d'ajouter ceci : la communauté des Belges d'origine turque (appelons un chat : un chat) n'a pas que dees élus proches de l'AKP : certains sont, soit affiliés au MHP (parti fasciste turc, ultra nationaliste et xénophobe, dont le bras armé - les "Loups Gris" - sévit en Belgique), soit proche. du mouvement islamiste ultra conservateur créé par un certain Gülen... et parfois ils cumulent les deux.
J'ajouterais que, le 22 mai 2012 a eu lieu, au Palais des Congrès de Liège, un rassemblement des membres du MHP. Malgré de nombreuses demandes, le bourgmestre de Liège n'a pas jugé utile ou opportun d'interdire cette manifestation - contrairement à son collègue de Namur, qui aura eu ce courage...
Rédigé par : Frédéric ANDRÉ | 17 juillet 2012 à 11:46