Les débats dominicaux étaient consacrés à la question de l'intégration.
Dans son JT de 19h30 samedi soir, la RTBF présentait par ailleurs une image extrêmement positive de la commune de Molenbeek. Un tableau rempli d'éléments positifs qui feraient presque oublier que des émeutes ont pourtant pu, par le passé, faire la une de l'actualité.
Car, Molenbeek, c'est aussi un taux de chômage des jeunes qui tourne autour de 40% (seul Saint-Josse fait pire à Bruxelles). C'est 41% des mineurs vivant dans un ménage dans lequel ni le père ni la mère ne travaillent. C'est un taux de criminalité supérieur à la moyenne zonale. C'est un taux de chômage de près de 27% de la population active. C'est une moyenne de revenu par habitant 35% inférieure à la moyenne nationale et 15% inférieure à la moyenne bruxelloise...le cadre est déjà bien moins idyllique...
L'auteur du reportage de la chaîne publique aurait peut-être dû de se rendre sur le marché de Molenbeek. Il aurait sans doute remarqué à quel point ce marché ne représente pas le cosmopolitisme que Philippe Moureaux vantait hier sur le plateau de "Mise au Point", la bouche en coeur.
L'auteur du reportage aurait dû tenter de filmer des femmes sur ce marché. Il y a à peine 3 mois, une équipe de la RTBF avait été victime de menaces de la part de vendeurs estimant que leurs clientes risquaient d'être "reconnues par leur mari, alors que ceux-ci ignorent peut-être qu'elles sont ici sans eux...".
L'auteur du reportage aurait sans doute dû aller faire un tour dans le quartier dans lequel, en toute impunité et pendant des années, l'islamiste Cheikh Bassam recrutait différents jeunes pour les envoyer dans des camps d'entraînements en Afghanistan ou en Irak tout en planifiant des attentats, projets pour lesquels il fait actuellement l'objet de poursuites judiciaires.
Enfin, l'auteur du reportage aurait dû se rendre, en fin de soirée, à la station de métro Comte de Flandre.
A force de vouloir masquer les problèmes, bien réels, on ne fait qu'en reporter le traitement aux calendes grecques. Une "politique de l'autruche" qui ne fera qu'aggraver une situation d'ores et déjà extrêmement préoccupante.
Quel est le constat ?
Au fil des ans, des phénomènes de ghettoïsations se sont développés dans plusieurs quartiers des grandes villes belges, notamment Bruxelles (mais aussi Anvers par exemple).
Comme l'explique très bien le sociologue Hugues Lagrange (CNRS) dans son livre "Le déni des cultures" (Seuil, 2010), ces phénomènes engendrent une reproduction de réflexes socioculturels importés des pays d'origine ainsi que des phénomènes de repli sur soi et, in fine, l'échec scolaire, le chômage, la pauvreté et l'insécurité. Nous voici à des années-lumières du constat angélique et aveugle d'un Jean-Michel Javaux ce week-end dans "La Libre".
On objectera qu'il n'est pas pertinent de parler d'intégration pour des personnes qui ont soit acquis la nationalité belge, soit sont nées et ont grandi ici.
C'est tenter de noyer le poisson dans des querelles sémantiques. Si beaucoup de nos compatriotes d'origine étrangère se sont parfaitement intégrés à notre société, il n'en va pas de même pour tout le monde. C'est justement le fait que des Belges de deuxième ou de troisième génération, qui sont nés, ont grandi et fréquenté l'école ici ne se reconnaissent pas dans la société belge et ses valeurs qui interpelle et démontre l'ampleur du défi.
Quelles solutions ?
J'ai, dans mon précédent post, rappelé les nombreuses propositions alternatives du MR, la plupart bloquées par les majorités "Olivier" (PS, CDH et ECOLO). Je vais donc me contenter de résumer ici les grandes lignes de la manière dont je conçois un vaste plan en faveur de l'intégration, notamment à Bruxelles.
1. Réguler nos fluxs migratoires. Vous ne pouvez pas assurer une politique d'intégration cohérente si vous accueillez de façon laxiste des personnes qui ont peu voire aucune chance de trouver un emploi dans notre pays. A l'exception des cas d'asiles (qui doivent par ailleurs être plus sévèrement contrôlés), nous devrions, dans la mesure du possible, ne plus tolérer qu'une immigration économique dans certains secteurs en pénurie. Or, si on prend juste le cas de Molenbeek, la population a augmenté de 24% en 10 ans et de 8% en 3 ans. Une explosion démographique difficilement gérable.
2. Etablir un parcours d'intégration sur le modèle de l'inburgering flamand.
3. Rétablir la sécurité dans les quartiers transformés, au fil du temps, en ghettos. Aucun investissement privé, aucun service public de qualité, ne pourra se développer dans ces quartiers tant que l'insécurité y règnera.
4. Renforcer les symboles d'appartenance à la société belge et à ses valeurs. En interdisant le port des signes convictionnels à l'école (afin de protéger les mineurs de toutes formes de pression communautaire et/ou familiale) et dans la fonction publique (en application des principes constitutionnels d'impartialité et de neutralité), en restant fermes sur nos valeurs (notamment l'égalité hommes/femmes, le droit au blasphème et au choix à l'orientation sexuelle,...), nous renforcerons l'adhésion des personnes d'origine étrangère à notre modèle de société. Cela passe également par une réforme des mesures d'accès à la nationalité, qui doit devenir la consécration d'une intégration réussie plutôt que son préalable, comme c'est le cas aujourd'hui.
5. Mettre un terme aux politiques "occupationnelles", évaluer l'efficacité des contrats de quartier et développer des stratégies socioéconomiques beaucoup plus performantes. Cela passe par des formations professionnelles et une éducation de qualité. Cela passe aussi par une réflexion sur la rénovation urbaine et l'accès au logement. Cela passe, enfin, par le développement de PME et d'un secteur privé dynamique plutôt que celui d'associations subsidiées à des fins clientélistes par la Gauche.
Il me semble que ces cinq axes de réflexion seraient susceptibles de constituer le socle d'une politique d'intégration efficace et innovante. Elle ne pourrait manifestement pas faire pire que ce qu'a engendré le modèle clientéliste et communautariste façonné par la Gauche laquelle est, rappelons-le, présente à tous les niveaux de pouvoir sans interruption depuis près de 25 ans. A la fin de cette législature, des 5 partis démocratiques francophones, le MR sera celui qui aura passé le moins de temps au pouvoir depuis la création de la Région bruxelloise.
Merci Monsieur Destexhe, d'oser mettre en avant les difficultés liées à l'intégration et d'y proposer des solutions concrètes!
Rédigé par : Jeremy | 05 juin 2012 à 09:24
Une Gauche? Quelle Gauche? C'est quoi ça, la Gauche? Les Socialistes à Gauches?
Revoyez un peu votre histoire, il y a usurpation de la Gauche, il y a posture de la Gauche, mais il n'y a pas pensée ni action de Gauche - sinon, on aurait pas laissé ces ghettos dans lesquels les idées anti-progressistes et anti-démocratiques se sont développées.
S'il y a avait ici une Gauche, comme vous le dites, on aurait pas validé cette infecte M.E.S (Mécanisme Européen de Stabilité) qui va plonger la Belgique et tous les pays d'Europe, les uns après les autres, dans un syndrome Grec.
Non, il n'y a, et c'est navrant, que des gens qui se déguisent en Gauchistes de façon cosmétique pour s'accrocher au pouvoir en trompant les gens sur leur réelle aptitude à mener une vraie action de Gauche.
Le jour où vous aurez en face de vous une Gauche plus sincère qu'adroite, je crois que le champs politique sera modifié d'autant.
D'ici là, il faut préparer cette rencontre.
Bon travail!
Rédigé par : olivier finn | 09 juin 2012 à 12:28