Ce n'était plus qu'un secret de polichinelle, c'est désormais officiel : les Frères Musulmans ont remporté haut les mains les élections législatives égyptiennes. Avec 65% des voix et 70% des sièges, les partis islamistes (Outre les Frères, on compte les salafistes d'Al Nour et Al Wafat - plus "modéré" - sic !) s'adjugent ensemble la majorité absolue au sein de la nouvelle assemblée.
Le quotidien "Egyptian Mail" revenait sur ce raz-de-marée vert lors de la dernière phase des législatives, qui s'est déroulée le 3 janvier dernier, dans une série d'articles qui en disent long sur ce qui attend l'Egypte, mais aussi les Egyptiens (qu'ils soient Coptes, agnostiques, athés ou encore de sexe féminin).
Mais, comme le rappelle le journal, si ces gestes sont tout à fait louables, il convient de souligner la peur qui gagne petit à petit la minorité copte, notamment du fait des déclarations du parti salafiste Al Nour.
A côté de celui-ci, les Frères apparaissent comme des enfants de choeur. Ainsi, lors d'une récente intervention à la télévision, Youssef el-Badrai, éminent précheur salafiste, affichait sa volonté de créer un Ministère "de la promotion de la Vertu et de la prohibition du Vice". En gros, une police religieuse. Une proposition qui ressemble à une institution qui existait par exemple dans l'Afghanistan des Talibans...
Le porte-parole du parti a en outre annoncé, au cours de la campagne électorale, qu'Al-Nour envisageait d'interdire la vente d'alcool, y compris aux touristes étrangers. Avant qu'un membre éminent du mouvement ne précise :"J'ai vécu aux Etats-Unis et visité plusieurs pays européens. Je n'ai pas remarqué que leur vie quotidienne dépendait de l'alcool. Rien de mal ne leur arrivera s'ils ne boivent pas d'alcool lors de leur séjour en Egypte !"
Certains Frères Musulmans apparaissent pour leur part, plus pragmatiques. En effet, l'alcool serait autorisé...mais uniquement dans les hôtels fréquentés par des touristes!
Hisham El Ashry, un des idéologues d'Al-Nour, dépeint sa société égyptienne idéale : une société purifiée "de la corruption et du péché, en interdisant toute forme d'art présentant une référence à la sexualité, y compris les chansons". Et de poursuivre en annonçant l'interdiction du bikini sur les plages égyptiennes.
Dans son interview, on remarque enfin un passage qui ne manque pas de piquant. El-Ashry évoque l'instauration de la Sharia et, partant, l'obligation pour les femmes de porter le hidjab. Son argument massue ? La lutte contre le viol.
Il faut dire que, selon lui, les femmes seraient responsables du viol dont elles sont victimes. Ainsi déclare-t-il le plus sérieusement du monde que ces créatures "violent les hommes en volant leurs yeux, en portant des vêtements suggestifs et courts. Le viol physique en est la conséquence. Si les hommes voyaient toutes les femmes voilées, à l'exception de leur(s) épouse(s) [NDLA:"wives" est au pluriel dans l'article] à la maison, il n'y aurait plus de viols". Il évoque ensuite la diffusion de certains films et de certaines séries dans les médias égyptiens, notamment les scènes où les acteurs s'embrassent ou s'enlacent...
Ne nous y trompons pas : s'il y a pire que les Frères musulmans, cela ne signifie pas que de profonds changements n'attendent pas la société égyptienne dans les prochains mois et années. Certes, la stratégie des Frères a changé. L'échec du recours à la violence les a poussé à adopter une posture plus respectable. Mais l'objectif demeure le même : l'islamisation de la société égyptienne par le bas.
Certaines institutions n'ont pas attendu l'inauguration de la nouvelle assemblée pour entamer cette transformation de la société égyptienne. Ainsi peut-on lire, dans la même édition de l'Egyptian Mail, qu'une cour administrative égyptienne a annulé, au nom de la liberté religieuse, une circulaire du Ministère de l'Information interdisant aux femmes travaillant au sein des chaînes de la télévision publique d'arborer un hidjab (voile islamique) à l'écran lors des bulletins d'informations.
Les partis non religieux, qui furent à l'origine de la Révolution de février 2011, ont, comme on pouvait s'y attendre, été balayés. Les pays arabes n'auraient-ils le choix qu'entre la dictature et l'islamisme même "démocratique" ? Cet Orient qui n'a jamais paru si proche...et si compliqué à la fois.
Après tant de réalités sordides, il va se trouver une frange de gugusses ULB
pour exiger un prochain retour de Tariq Ramadan.
But affiché : «« afin de permettre à cet érudit dépourvu d'a priori de philosopher sur les bienfaits d'une LIBERTE revue et corrigée par son grand-père et ses adeptes fous »»!
Rédigé par : Franz | 23 janvier 2012 à 17:04
Qui a voulu la démocratie dans la région du Moyen-Orient élargi ?
Rédigé par : A. | 25 janvier 2012 à 11:24
Bonjour,
Je pense (j'espère aussi)que vous faites une erreur de jugement.
Premièrement, tous les islamismes ne sont pas les mêmes : comme pour toute idéologie, cela va de modéré à extrémiste.
Deuxièmement, les cultures politiques changent très fort d'un pays musulman à l'autre. A cet égard, le pays "révolutionnaire" pour lequel on peut craindre le plus est la Lybie et non pas l'Egypte.
Troisièmement, ils devront à la fois faire des compromis avec les autres partis et forcément (devant jouer le jeu de l'électeur et de la rue prête à se révolter à nouveau) se restreindre ou en tout cas être prudents et pragmatiques.
Je dirais, en sus, que les islamistes au pouvoir en Tunisie, au Maroc, en Egypte ne pourront que décevoir...même s' ils resteront certes une force politique. Encore une fois, je crains plus pour la Lybie qui a adopté la charia comme base légale, savonnant d'avance la planche de toutes forces laïques et démocratiques.
Le monde arabo-musulman, après la Thèse (au sens marxiste) que fût le nationalisme arabe dictatorial et militaire(influencant plus ou moins directement l'ensemble des pays arabes alors fraîchement indépendants), se voit arriver dans l'Antithèse qu'est l'Islamisme politique (après avoir été islamisme d'opposition voire de terrorisme)... avant d'aboutir, assez rapidement (le peuple n'étant plus prêt à attendre), à une Synthèse, un juste milieu entre ses différentes forces politiques ...d'autant, qu'entretemps les forces libérales et laïques auront appris à se
(ré)organiser et (re)séduiront les électeurs forcément déçus de révolutionnaires s'étant "corrompus" au pouvoir voire manquant de compétences et n'ayant pas ou peu améliorer le "socio-économique".
Rédigé par : Nicolas | 26 janvier 2012 à 09:02